Les informations faisant état d’un accord entre les États-Unis et l’Iran visant à prolonger le cessez le-feu, à rouvrir le détroit d’Ormuz et à entamer des négociations en vue d’un accord de paix durable sont clairement positives pour l’économie mondiale et les marchés financiers. Le principal vecteur de transmission du conflit a été l’énergie : l’interruption d’environ 20 millions de barils par jour de flux pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz a fait grimper les prix de l’énergie, ravivé les craintes de stagflation et contribué à la hausse de 25 points de base des taux de la BCE la semaine dernière.
Les marchés ont réagi comme prévu à la perspective d’une reprise des flux énergétiques : les actions et les obligations ont rebondi, tandis que le dollar américain s’est affaibli.
Les deux parties ont de fortes raisons de vouloir désamorcer le conflit. Aux États-Unis, la hausse de l’inflation pèse sur la popularité du président Trump à l’approche des élections de mi-mandat de novembre, tandis que l’économie iranienne a été mise à mal par le conflit et a perdu des recettes d’exportation. Malgré tout, le cessez-le-feu pourrait s’avérer fragile. La campagne menée par Israël contre le Hezbollah au Liban reste une source de risque régional, et les négociations en vue d’un règlement durable risquent d’être difficiles et longues, ce qui pourrait nécessiter une prolongation de la trêve de 60 jours prévue.
Toute amélioration de l’approvisionnement énergétique ne sera pas immédiate. La normalisation des approvisionnements en pétrole en provenance de la région prendra du temps, tandis que le marché européen du gaz devrait rester tendu, les pays devant reconstituer leurs réserves épuisées au cours de l’été. La capacité d’exportation de GNL du Qatar aurait été réduite d’environ un sixième, ce qui laisse présager une reprise lente. Néanmoins, un soulagement immédiat est déjà perceptible : le Brent a baissé d’environ 10 dollars le baril depuis le milieu de la semaine dernière, pour s’établir à environ 83 dollars.
Les principaux bénéficiaires sont les grandes économies importatrices d’énergie, notamment l’Asie et la zone euro. Si les flux énergétiques se normalisent, les perspectives d’inflation s’amélioreraient sensiblement et allégeraient la pression sur les banques centrales préoccupées par de nouveaux chocs de prix liés à l’énergie. Cela renforce l’argument en faveur d’un statu quo de la BCE et de la Fed plutôt que de valider les anticipations du marché concernant de nouvelles hausses de taux. Dans un contexte de croissance mondiale toujours solide, de bénéfices d’entreprises robustes et d’un cycle d’investissement alimenté par l’IA, l’atténuation des risques géopolitiques pourrait offrir un potentiel de hausse supplémentaire aux actifs risqués. En revanche, nous resterions prudents quant à l’idée de surfer sur le rebond de soulagement des obligations d’État, en particulier aux États-Unis, où d’importants déficits budgétaires et une inflation toujours élevée sont susceptibles de maintenir les rendements à long terme sous pression à la hausse.
Thomas HEMPELL, Head of Macro & Market Research at Generali
