Auteur : Raphael Olszyna-Marzys, économiste international chez Bank J. Safra Sarasin
Un malaise structurel touche les économies avancées, exacerbé par le conflit en Iran. Les primes de terme, le rendement supplémentaire exigé par les investisseurs pour détenir une dette à long terme, ont flambé sur les principaux marchés obligataires souverains au cours de la dernière année. La faute incombe aux craintes inflationnistes, aux doutes sur la viabilité de la dette et à l’absence de volonté politique pour assainir les finances publiques.
La guerre en Iran a accentué ces tensions en relevant les anticipations d’inflation à court terme. Les banques centrales ont réagi avec détermination, signalant qu’elles pourraient ne plus « regarder au-delà » des chocs d’offre. Ayant subi une série de disruptions, de la pandémie à la guerre en Ukraine, en passant par les tarifs douaniers, les décideurs craignent un désencrage des anticipations d’inflation. En conséquence, les marchés intègrent désormais des hausses de taux en Europe et n’attendent plus de baisse aux États-Unis. Les rendements ont fortement augmenté, particulièrement sur le court terme, provoquant un « aplatissement baissier » de la courbe des taux.
Quels impacts selon les classes d’actifs et les secteurs ?
Pour les investisseurs, cette dislocation représente, à notre avis, une opportunité, bien que celle-ci repose sur une hypothèse majeure : le détroit d’Hormouz rouvrira dans les semaines à venir. Le statu quo est intenable tant pour Washington que pour Téhéran ; nous anticipons donc un accord ciblé visant à sécuriser le détroit, tandis que les négociations nucléaires plus larges seront reportées. Une telle percée ferait baisser les prix du pétrole d’ici la fin de l’année, atténuant les craintes inflationnistes et incitant les marchés à revenir sur une partie des hausses de taux déjà intégrées. Néanmoins, les rendements obligataires devraient rester structurellement élevés en raison des préoccupations budgétaires. Ce sera la baisse des anticipations de taux qui fera le plus gros du travail pour faire reculer les rendements, permettant ainsi une nouvelle pentification de la courbe.
Nous estimons que les investisseurs devraient se concentrer sur les maturités intermédiaires (5 à 7 ans). Celles-ci profitent d’une courbe pentue, offrent une duration suffisante pour tirer parti d’un ralentissement de la croissance et génèrent un carry assez important pour amortir les pics de taux. Avec des rendements de départ élevés et des courbes ascendantes, le profil risque/rendement est attrayant : un potentiel de hausse significatif si les rendements baissent, et un risque de baisse limité s’ils augmentent.
Les marchés actions ont rebondi, ignorant largement l’impasse géopolitique. Les valorisations boursières mondiales se sont découplées du marché pétrolier et intègrent désormais un baril de pétrole autour de 85 USD. Les secteurs défensifs (santé, biens de consommation de base, services aux collectivités) ont sous-performé, tandis que les valeurs cycliques ont décollé, soutenues par des données macroéconomiques américaines robustes et des résultats solides. Bien que nous anticipions une hausse des indices boursiers d’ici la fin de l’année, le rebond semble tactiquement essoufflé : les cycliques ont atteint des sommets historiques par rapport aux défensives, intégrant une hausse des indices PMI peu probable ; une surextension similaire est observable pour les petites capitalisations face aux grandes ; et la surperformance de la valeur par rapport à la croissance s’essouffle après sa meilleure série de six mois depuis 2021. Cette dynamique intègre une hausse supplémentaire et importante des taux réels, un scénario improbable si le détroit rouvre, et fait face à un désavantage en termes de bénéfices par rapport aux titres de croissance. Nous recommandons d’adopter une posture plus défensive à court terme, tout en maintenant une surpondération structurelle sur la technologie, où le déploiement de l’IA continue de stimuler les bénéfices et de maîtriser les valorisations.