lun. Avr 20th, 2026

Claudia Panseri, Chief Investment Officer, UBS WM France, UBS Europe SE, Succursale de France

Historiquement, les matières premières se distinguent par de bonnes performances lors de déséquilibres entre l’offre et la demande ou en période de risques macroéconomiques accrus, notamment en cas d’inflation ou de tensions géopolitiques. Dans ces environnements, une exposition diversifiée aux matières premières contribue à la fois à la diversification et à la protection des portefeuilles face aux chocs.

Nous recommandons généralement de limiter cette allocation à 5 % du portefeuille. Il convient néanmoins de rappeler que cette classe d’actifs présente des risques spécifiques : une forte volatilité, des coûts liés aux contrats à terme ou à la détention physique, ainsi qu’une alternance de phases de sur- ou de sous-performance par rapport aux actions. Ainsi, les matières premières constituent selon nous une allocation tactique, plutôt qu’une composante stratégique permanente dans une allocation de long terme.

Le marché pétrolier reste sous tension. Les prix du pétrole fluctuent au gré des tensions au Moyen-Orient, la durée et l’ampleur des perturbations — notamment les restrictions des flux via le détroit d’Hormuz — demeurant les principaux déterminants. Cette situation se traduit par une prime notable du Brent spot sur les contrats à terme, reflet d’une demande immédiate soutenue. Tant que les flux restent limités, la pression haussière devrait persister.

À court terme, l’offre et la demande sont peu flexibles. La gestion de l’offre par l’OPEP+ est donc essentielle, mais elle est fortement contrainte par la fermeture du détroit, ce qui accentue la volatilité. Après sept semaines de conflit, les arrêts de production atteignent 13 millions de barils par jour, tandis que les exportations du Golfe sont tombées à 8 millions de barils par jour. Par ailleurs, la mobilisation des réserves stratégiques reste lente.

Dans ce contexte, nous relevons nos prévisions pour le Brent à 100 dollars par baril fin juin, 95 dollars fin septembre, 90 dollars fin décembre 2026 et 85 dollars fin mars 2027. L’incertitude demeure élevée : une perturbation prolongée pourrait entraîner une flambée des prix au-delà de 150 dollars par baril, accompagnée d’une volatilité accrue liée aux craintes de pénurie.

Du côté des métaux précieux, la pression sur l’or devrait rester temporaire. Traditionnellement perçu comme une valeur refuge en période de tensions géopolitiques, l’or affiche toutefois une performance incertaine lors de conflits militaires. Depuis le début du conflit, son prix a reculé de 7 %. Ce mouvement reflète une tendance historique : dans ces phases, les investisseurs privilégient la liquidité et se tournent vers d’autres actifs, notamment l’énergie.

L’or surperforme généralement lorsque la croissance ralentit et que les banques centrales baissent leurs taux. Toutefois, le choc énergétique actuel complique ce schéma : croissance faible, inflation élevée, taux d’intérêt et dollar forts exercent une pression sur le métal jaune. Cette situation devrait néanmoins rester temporaire. À mesure que la politique monétaire s’assouplit, les soutiens traditionnels de l’or devraient réapparaître. La correction actuelle s’apparente ainsi à un ajustement dans une trajectoire haussière de long terme, rendant les niveaux actuels attractifs pour les investisseurs de long terme en anticipation d’un rebond.

Le choc énergétique freine également la reprise de la demande de métaux industriels. Celle-ci demeure faible, pénalisée par un ralentissement de la consommation en Chine et une croissance modérée aux États-Unis et en Europe. En début d’année, les prix avaient dépassé les fondamentaux, nécessitant un regain de demande pour prolonger la dynamique haussière.

Le conflit au Moyen-Orient risque de retarder cette reprise. Historiquement, la hausse des coûts énergétiques réduit la demande industrielle d’environ un point de pourcentage. Le cuivre en pâtit actuellement, mais les perspectives à moyen terme restent favorables. Une stabilisation géopolitique ainsi que des investissements accrus dans les réseaux électriques et l’électrification devraient soutenir la demande de cuivre et d’aluminium.

Dans ce contexte, les matières premières continuent de jouer un rôle important dans la diversification des portefeuilles, comme l’illustre l’évolution comparée de l’indice FTSE/CRB et du S&P 500 depuis 2016 (source : Refinitiv, UBS, 14 avril 2026).

Enfin, une plus grande sélectivité s’impose dans le secteur agricole. Les risques y sont orientés à la hausse, portés par les tensions géopolitiques et l’incertitude persistante sur les marchés des intrants. Les dernières données de plantation et d’inventaire de l’USDA confirment un resserrement des fondamentaux, bien que cette situation semble déjà largement intégrée dans les prix.

Par ailleurs, le retour de La Niña introduit des risques baissiers sur les rendements agricoles en Amérique, notamment pour le maïs et le soja. Dans l’élevage, la pénurie d’offre demeure le facteur dominant. Les stocks de bovins aux États-Unis atteignent des niveaux historiquement bas, soutenant les prix du bœuf, tandis que les tensions commerciales accentuent l’incertitude sur l’offre mondiale. Les marchés du porc restent également sous pression, en raison de problèmes sanitaires qui freinent l’expansion des cheptels.

En résumé, les matières premières offrent une diversification efficace et une protection en période de déséquilibres ou de risques macroéconomiques. Toutefois, en raison de leur forte volatilité et de leurs risques spécifiques, leur allocation doit rester tactique, dans une limite d’environ 5 % du portefeuille.

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