mar. Avr 14th, 2026

Par Claudia Panseri, Chief Investment Officer, UBS WM France, UBS Europe SE, Succursale de France

La trêve annoncée entre les États-Unis et l’Iran a temporairement apaisé les marchés. Pour autant, elle ne dissipe pas les incertitudes macroéconomiques, notamment liées à la hausse des prix de l’énergie et à ses effets sur l’inflation.  L’échec du premier round de négociations entre les belligérants et l’annonce par les États-Unis d’un blocus du détroit d’Ormuz ne font que renforcer ces risques.

Dans sa dernière lettre hebdomadaire « UBS France Weekly »Claudia Panseri, Chief Investment Officer d’UBS Wealth Management France, analyse les implications économiques et financières de cette trêve temporaire, ainsi que les principaux risques qui demeurent pour les prochains mois.

Les principaux éléments d’analyse de Claudia Panseri :

  • Une inflation toujours sous pression :  l’inflation en zone euro atteint 2,5 % en mars, portée par la hausse des prix de l’énergie (+6,8 %), avec un risque de diffusion aux prix alimentaires et aux salaires.
  • Une BCE prudente malgré les anticipations de marché malgré des attentes de hausses de taux, UBS estime que la BCE devrait maintenir ses taux inchangés à court terme, le choc étant principalement lié à l’offre.
  • Une trêve encore fragile : les incertitudes persistent autour du détroit d’Ormuz et des flux énergétiques, avec un risque de reprise rapide des tensions.

 

Un positionnement d’investissement plus défensif :  UBS recommande de réduire l’exposition aux segments cycliques, de renforcer la diversification (notamment via les hedge funds) et de privilégier des actifs de protection comme le dollar, les matières premières ou, à moyen terme, l’or et les obligations de qualité.

Une trêve de deux semaines a été conclue entre les États-Unis et l’Iran afin de favoriser la reprise des négociations. Toutefois, la flambée des prix du pétrole observée depuis fin février commence à alimenter les tensions inflationnistes. Quelles évolutions peut-on anticiper pour les prochaines statistiques économiques ?

Une incertitude macroéconomique persistante

L’estimation provisoire de l’inflation pour le mois de mars indique déjà une accélération à 2,5 % sur un an en zone euro, soit une hausse de 60 points de base par rapport à février. Ce mouvement s’explique principalement par le retournement des prix de l’énergie, qui ont progressé de 6,8 % en mars, représentant une augmentation de 4,9 % sur un an.

L’impact du conflit iranien et les perturbations des approvisionnements mondiaux en gaz et en pétrole se reflètent désormais dans les chiffres de l’inflation globale. Il est également probable que les prix alimentaires suivent cette tendance dans les prochains mois. Si l’inflation sous-jacente est restée relativement stable en mars, des pressions haussières pourraient émerger, notamment via des effets de second tour tels qu’une hausse des salaires.

La progression des prix pèse sur le pouvoir d’achat des ménages et accroît les coûts pour les entreprises, qui pourraient en conséquence réduire leurs dépenses, leurs investissements et leurs recrutements, freinant ainsi la croissance économique.

Le conflit iranien constitue un choc d’offre typique sur le marché de l’énergie, affectant à la fois l’économie européenne et mondiale. Ce type de choc se caractérise par des contraintes d’offre, plutôt que par une hausse de la demande, ce qui entraîne une augmentation des prix de l’énergie. Les banques centrales reconnaissent que la politique monétaire est peu adaptée pour contrer une inflation liée à une baisse de l’offre : relever les taux agit sur la demande, sans effet direct sur l’offre.

Malgré la trêve, les marchés anticipent toujours près de deux hausses de taux de la Banque centrale européenne (BCE) d’ici la fin de l’année (contre trois avant la trêve), avec une probabilité d’environ 30 % que la première soit annoncée lors de la réunion d’avril. Selon les scénarios présentés en mars, la BCE considère que le conflit iranien aura un impact plus important sur l’inflation que sur la croissance.

Dans ce contexte, et compte tenu de son mandat axé sur la stabilité des prix, il n’est pas surprenant que la BCE envisage de relever ses taux afin de limiter les effets de second tour du choc énergétique, notamment la hausse des salaires. Toutefois, le contexte actuel diffère sensiblement de celui de 2022, lorsque la BCE avait réagi de manière agressive à une inflation déjà très élevée, alimentée par le rebond post-Covid et l’invasion de l’Ukraine.

À cette époque, les taux d’intérêt étaient historiquement bas et la demande particulièrement dynamique. Aujourd’hui, l’inflation est revenue autour de la cible de 2 %, le marché du travail montre des signes de faiblesse et la politique monétaire est désormais neutre. Face aux risques pesant sur la croissance et au resserrement déjà observé sur les marchés obligataires, il est probable que la BCE adopte une approche plus prudente, en prenant le temps d’évaluer les conséquences économiques avant d’envisager de nouveaux relèvements de taux.

Ainsi, à ce stade, nous estimons que la BCE devrait faire abstraction du choc inflationniste actuel et maintenir ses taux inchangés lors de sa réunion d’avril. Les décideurs disposeront alors de davantage de données pour évaluer l’impact sur la croissance et l’inflation, ainsi que pour détecter d’éventuels effets de second tour, qui ne sont pas encore visibles.

Si, comme nous l’anticipons, l’économie montre des signes de faiblesse — ralentissement des dépenses et du crédit, affaiblissement du marché du travail et recul de l’investissement — la BCE pourrait privilégier le soutien à la croissance en évitant un resserrement monétaire supplémentaire.

Une incertitude géopolitique toujours élevée

Tout accord temporaire suscite à la fois l’espoir d’une paix durable et des inquiétudes quant à sa fragilité. Le cessez-le-feu actuel ne fait pas exception, combinant des avancées encourageantes et des risques persistants.

Il demeure incertain à quelle vitesse et dans quelle mesure le trafic à travers le détroit d’Ormuz pourra se normaliser. Les opérateurs de pétroliers pourraient hésiter à reprendre leurs activités à l’approche de la fin de cette période de trêve. En cas de nouvelles perturbations des flux, les prix de l’énergie pourraient rapidement repartir à la hausse. Même dans un scénario plus favorable, un retour complet à la normale prendra du temps. Il est donc peu probable que les prix de l’énergie retrouvent leurs niveaux d’avant le conflit à court terme.

Par ailleurs, les Gardiens de la Révolution ont indiqué que le passage par le détroit d’Ormuz ne pourrait se faire « qu’en coordination avec les forces armées iraniennes ». Cette déclaration laisse planer une incertitude : s’agit-il d’une concession visant à instaurer un contrôle de facto de l’Iran sur le détroit, ou d’un point de discorde persistant entre les parties ? Dans tous les cas, le risque de reprise des tensions demeure.

Une frappe de drone isolée contre un navire en transit pourrait suffire à remettre en cause les avancées obtenues. Il est donc essentiel que toutes les unités concernées respectent effectivement le cessez-le-feu.

Enfin, plusieurs points majeurs restent en suspens : les exigences du président Donald Trump concernant des limites au programme nucléaire iranien, ainsi que les demandes de l’Iran relatives à la levée des sanctions, au retrait des bases militaires américaines dans la région et à la fin des hostilités impliquant Israël. Ce dernier a d’ailleurs affirmé qu’il poursuivrait son conflit avec le Hezbollah. Les négociations prévues au Pakistan pourraient commencer à mettre en lumière ces divergences.

Comment investir dans ce contexte ?

Malgré la trêve, la prudence reste de mise. Il convient de privilégier une gestion progressive du risque, de réorienter l’exposition des marchés actions les plus cycliques vers des secteurs plus résilients et de renforcer la diversification au-delà des actifs traditionnels, notamment via les hedge funds, afin de mieux gérer la hausse de la volatilité et la corrélation accrue entre actions et obligations.

À court terme, une exposition au dollar, au pétrole et aux matières premières peut offrir une certaine protection. À moyen terme, l’or ainsi que les obligations de qualité à courte ou moyenne maturité présentent un intérêt, en particulier si les marchés anticipent un ralentissement économique et de futures baisses de taux des banques centrales.

En définitive, la trêve constitue une évolution positive susceptible de soutenir les marchés. Toutefois, elle ne résout pas les enjeux structurels sous-jacents, notamment la sécurité du détroit d’Ormuz et la question du programme nucléaire iranien.

Fig.1 Les enquêtes des directeurs d’achat révèlent une hausse rapide des coûts de production

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