mer. Mar 11th, 2026

L’attaque menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran pourrait s’avérer être l’escalade militaire la plus conséquente au Moyen-Orient depuis plus de deux décennies. Les informations faisant état de la mort du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ont plongé la République islamique dans sa crise la plus grave depuis la Révolution de 1979.

Le président Trump a indiqué que le conflit pourrait durer plusieurs semaines, tandis que les responsables de la sécurité iranienne ont exclu toute négociation. Les représailles de Téhéran — incluant des frappes contre des bases militaires américaines et israéliennes dans toute la région — contribuent de plus en plus à son isolement. Les pertes civiles, les perturbations économiques et les dommages aux infrastructures régionales ne devraient pas améliorer sa position diplomatique.

Une riposte de l’Iran était attendue. Toutefois, l’ampleur et l’étendue de la réponse semblent supérieures à ce que de nombreux observateurs anticipaient. Les attaques ne se limitent pas aux cibles militaires et s’étendent désormais aux infrastructures énergétiques dans les pays voisins.

Nous sommes probablement plus proches du début que de la fin de ce conflit. Sa durée et son étendue détermineront combien de classes d’actifs seront finalement affectées et l’importance de l’impact sur les prix.


Valeurs refuges

L’or possède une longue histoire de sensibilité aux tensions géopolitiques. À l’ouverture des marchés le lundi 2 mars 2026, le métal a fortement progressé. Bien qu’il ait effacé une partie de ses gains initiaux, nous pensons que le potentiel de hausse reste important si les tensions persistent ou s’intensifient.

En janvier 2026, l’or avait déjà fortement réagi aux développements géopolitiques au Venezuela et au Groenland. Le conflit actuel a des implications mondiales beaucoup plus larges, ce qui suggère que le mouvement initial pourrait ne pas refléter pleinement le risque sous-jacent.

L’argent avait fortement progressé avant l’escalade du week-end, mais enregistrait des pertes intrajournalières dans l’après-midi du 2 mars 2026. La divergence entre l’or et l’argent est notable. L’or agit principalement comme actif défensif, tandis que l’argent possède une exposition industrielle plus importante. Même si l’argent peut représenter une version plus volatile de l’or, l’or s’est historiquement révélé être la meilleure couverture face aux crises géopolitiques.


Pétrole

L’Iran produit environ 3 millions de barils par jour (soit environ 3 % de l’offre mondiale). Une interruption totale représenterait un choc d’offre significatif. Cependant, les sanctions ont limité la base de clients de l’Iran. La Chine — son principal acheteur — accumulerait du pétrole depuis plus d’un an, avec des niveaux de stockage élevés.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (OPEP+) ont annoncé une augmentation de production de 206 000 barils par jour en avril, soit environ 0,2 % de l’offre mondiale, bien en dessous des pertes potentielles iraniennes. Néanmoins, le groupe dispose encore de capacités inutilisées et pourrait agir de manière flexible si les perturbations s’intensifient.

Le risque structurel majeur concerne le détroit d’Ormuz, le passage maritime le plus critique au monde pour le pétrole. Environ 14 millions de barils par jour (près de 32 % du pétrole transporté par mer dans le monde) transitent par ce détroit. Toute perturbation significative provoquerait probablement un choc majeur sur l’offre.

Certains pétroliers modifieraient déjà leurs routes, tandis que les primes d’assurance contre les risques de guerre augmentent, ce qui décourage les expéditions.

Il est important de noter qu’une fermeture physique du détroit n’est pas nécessaire pour perturber les marchés. L’Iran pourrait ne pas disposer de la capacité navale pour bloquer totalement la voie maritime, mais la hausse des primes d’assurance peut agir comme une contrainte de fait sur les flux. Si les attaques contre la navigation augmentent, les coûts d’assurance pourraient grimper fortement, rendant le transit prohibitif.

Dans un tel scénario, les prix du pétrole devraient augmenter pour compenser la hausse des coûts de transport, créant ce que l’on peut appeler une « spirale de prime de guerre ».

Pour l’instant, ces dynamiques restent contenues. Cela pourrait toutefois changer si le conflit se prolonge.

L’attaque iranienne contre des installations comme Ras Tanura en Arabie saoudite montre une volonté d’étendre le conflit à la sphère économique en ciblant les infrastructures énergétiques. Bien que les dommages initiaux semblent limités et que les chargements continuent, le risque de nouvelles attaques reste élevé.


Gaz naturel

Les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar et des Émirats arabes unis — représentant environ 20 % de l’offre mondiale de GNL l’an dernier — doivent également transiter par le détroit d’Ormuz. Toute perturbation aurait donc des implications mondiales.

Suite à des frappes militaires sur les installations de QatarEnergy à Ras Laffan et Mesaieed, QatarEnergy a annoncé un arrêt de la production de GNL et de produits associés. Même des interruptions temporaires resserrent fortement l’équilibre mondial de l’offre.

Bien que la majorité des cargaisons de GNL soient destinées à l’Asie, une hausse des prix sur les marchés asiatiques intensifierait la concurrence pour les approvisionnements alternatifs, faisant monter les prix en Europe.

Les niveaux de stockage de gaz en Europe sont relativement faibles pour cette période de l’année. Même si l’hiver touche à sa fin, de nouvelles vagues de froid restent possibles.

Le Title Transfer Facility (TTF), contrat de référence du gaz naturel en Europe, a bondi de plus de 50 % en intrajournée le 2 mars 2026, avant de corriger une partie de la hausse. De nouvelles perturbations pourraient entraîner une volatilité renouvelée.


Défense

Les actions du secteur de la défense surperforment dans un contexte d’anticipation de hausses durables des dépenses militaires.

L’indice WisdomTree Europe Defence UCITS progressait de 0,7 % à 11 heures le 2 mars 2026, tandis que le marché actions dans son ensemble reculait (Euro Stoxx 50 : -1,9 %).

Bien que l’engagement militaire soit mené par les États-Unis et Israël, les bénéficiaires pourraient dépasser ces marchés. L’administration Trump a insisté sur l’expansion des capacités de production de défense, plutôt que sur la priorité aux distributions aux actionnaires.

Les entreprises européennes et asiatiques (hors Chine) — notamment celles spécialisées dans les drones, les systèmes d’interception de missiles et les technologies de détection — pourraient voir la demande augmenter.

Un conflit prolongé renforcerait les attentes d’une hausse structurelle des dépenses militaires dans plusieurs régions du monde.


La durée du conflit sera déterminante

La durée du conflit sera un facteur clé pour déterminer l’ampleur et la persistance de son impact sur les marchés.

Les entreprises dites HALO (Heavy-Asset, Low-Obsolescence) — c’est-à-dire des sociétés disposant d’actifs physiques importants et durables comme les services publics, les infrastructures, les producteurs d’énergie et les entreprises de transport — pourraient se montrer relativement résilientes.

Ces sociétés sont moins exposées aux ruptures technologiques rapides et fournissent souvent des éléments essentiels aux systèmes énergétiques et aux chaînes d’approvisionnement de la défense.

Lors de la première journée de trading du conflit, le pétrole a surperformé l’or. Toutefois, le fait que le Brent ne dépasse pas durablement les 80 dollars le baril suggère que les stocks existants amortissent temporairement le choc.

Si le conflit persiste ou s’étend, les primes de risque devraient continuer d’augmenter, l’or pouvant exprimer plus clairement les tensions géopolitiques dans les semaines à venir.

Nous sommes encore dans les premières phases de ce qui pourrait devenir un conflit prolongé. Sa durée et son extension géographique détermineront finalement l’ampleur et la persistance des mouvements de prix sur les matières premières, les actions et les actifs risqués en général.

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