Pourquoi le marché s’inquiète ? Car il craint les conséquences économiques du conflit. Elles sont, pour l’instant, difficiles à estimer. Si le détroit d’Ormuz, qui est le nœud stratégique important pour le commerce international, est fermé pendant deux mois et demi, nous estimons que cela va amputer la croissance mondiale d’environ 0,2 point de pourcentage. Elle passerait de 2,8% à 2,6% – ce qui est toujours honorable et proche du potentiel. Quant à l’inflation, tout va dépendre de l’évolution du prix du pétrole. S’il se maintient pendant plusieurs mois d’affilés autour de 100 dollars, cela pourrait entraîner une hausse pour les pays développés comprise entre 0,5 et 1 point de pourcentage. C’est important. Encore une fois, il s’agit d’estimations à prendre avec des pincettes. Personne n’est en mesure de savoir comment le conflit va évoluer et si le pétrole va durablement rester élevé. Autre point d’incertitude, la réponse budgétaire des États. On peut tout à fait considérer qu’ils mettent en œuvre des mesures de compensation de la hausse des prix ou des mesures de soutien à l’économie, si nécessaire. Ce fut le cas par le passé.
Bonne nouvelle toutefois, nous ne sommes pas dans la même configuration qu’en 2022, au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine. Nous étions face à la fois à un choc d’offre (rupture des approvisionnements gaziers) et de demande (forte consommation dans la foulée de la Covid) qui ont abouti à une hausse généralisée des prix. Dans certains pays, comme l’Allemagne, cela a même conduit à une boucle prix-salaire. Dans une telle situation, les banques centrales n’avaient pas d’autre choix que d’augmenter les taux directeurs. Elles l’ont fait, massivement parfois. Actuellement, il s’agit uniquement d’un choc d’offre dont l’ampleur est encore incertaine. En théorie, les banques centrales ont plutôt pour habitude de ne pas y prêter trop attention. Elles n’ont pas les outils nécessaires pour faire face. En règle générale, elles patientent en attendant que celui-ci s’estompe ou disparaisse.
Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement
chez Pictet AM
