mer. Fév 25th, 2026

Pour la première fois, Google a levé le voile sur le chiffre d’affaires réel de YouTube. Et le signal envoyé dépasse largement la simple comparaison avec Netflix.

 

L’annonce est passée presque comme une formalité financière. Elle est en réalité historique. En 2025, YouTube a généré 60 milliards de dollars de chiffre d’affaires, un chiffre communiqué officiellement pour la première fois par Google. Jusqu’ici, le marché devait se contenter d’estimations d’analystes ou d’indications partielles intégrées aux résultats d’Alphabet. Cette transparence nouvelle vient confirmer une tendance déjà perceptible : YouTube n’est plus seulement une plateforme de contenus. C’est désormais l’un des acteurs économiques les plus puissants du divertissement mondial, devant Netflix en revenus.

 

Une domination qui ne date pas d’hier, mais qui se confirme

 

YouTube avait déjà dépassé Netflix dès 2024, avec plus de 50 milliards de dollars de revenus estimés. La différence, aujourd’hui, est qu’elle n’est plus spéculative. Elle est actée. Avec 60 milliards de dollars en 2025, YouTube s’installe durablement devant Netflix, dont les revenus atteignaient environ 45 milliards sur la même période. Ce n’est pas un dépassement ponctuel. C’est un changement d’échelle.

 

Un choc de modèles économiques plus qu’une guerre de contenus

 

Comparer YouTube et Netflix uniquement sous l’angle des catalogues serait une erreur. Les deux plateformes reposent sur des logiques radicalement différentes. Netflix reste un modèle majoritairement fondé sur l’abonnement, avec une production de contenus centralisée, coûteuse et fortement capitalistique. YouTube, à l’inverse, s’appuie sur un écosystème décentralisé de créateurs, une monétisation hybride (publicité, abonnements, partenariats) et une capacité à capter l’attention sur tous les écrans, notamment la télévision. Ce modèle explique pourquoi YouTube domine déjà le temps passé sur les écrans TV depuis plusieurs années, avant même de dominer en chiffre d’affaires.

 

Une concurrence plus directe qu’il n’y paraît

 

Malgré leurs discours, les deux plateformes se rapprochent de plus en plus. YouTube adopte des codes de plus en plus “streaming” sur les téléviseurs. Netflix, de son côté, signe des créateurs issus de YouTube et investit des formats historiquement associés aux plateformes sociales, comme les podcasts ou les contenus incarnés. La frontière entre plateformes de streaming et plateformes de créateurs devient floue. Ce glissement traduit une réalité simple : l’attention des audiences est devenue la ressource centrale, et les créateurs en sont désormais les principaux détenteurs.

 

Un contexte politique et réglementaire sous haute tension

 

Cette domination économique place YouTube et, plus largement, Google dans une position délicate face aux autorités de régulation. Netflix l’a bien compris. Dans ses échanges avec les sénateurs américains sur les questions antitrust, la plateforme met en avant la puissance des GAFAM. Ces débats visent à déterminer si certaines entreprises disposent d’un pouvoir de marché excessif ou faussent la concurrence, en raison de moyens financiers et structurels sans commune mesure. Le récent rapprochement entre Netflix et Warner Bros. Discovery s’inscrit aussi dans cette logique défensive. L’objectif est de renforcer sa taille pour rester compétitif face à des plateformes soutenues par des groupes technologiques aux ressources quasi illimitées.

 

Un basculement durable du divertissement mondial

 

La révélation du chiffre d’affaires de YouTube n’est pas qu’un chiffre. Elle acte un basculement. Le divertissement mondial ne se structure plus uniquement autour de studios et de catalogues, mais autour de plateformes capables d’orchestrer des écosystèmes de créateurs à grande échelle. Dans cette nouvelle configuration, la question n’est plus seulement de savoir qui produit les meilleurs contenus, mais qui sait capter, organiser et monétiser l’attention sur le long terme.

 

YouTube n’a pas seulement dépassé Netflix. Il a confirmé un changement de modèle. En officialisant ses revenus, Google éclaire une réalité devenue impossible à ignorer : la Creator Economy n’est plus un segment émergent du divertissement. Elle en est désormais l’un des piliers économiques centraux.

Adham Hassan
Expert Creator Economy

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