mer. Fév 18th, 2026

Nicolas Leclerc, cofondateur du cabinet de conseil en énergie OMNEGY, vous propose son analyse des fluctuations du marché de l’énergie­. Cette semaine, les prix du gaz chutent largement mais les prix de l’électricité font de la résistance, après la publication de la PPE3 vendredi par le Gouvernement. La géopolitique restera au cœur de l’actualité des marchés dans les prochaines semaines.

Macroéconomie & Géopolitique : La semaine à venir s’annonce encore une fois dense au niveau économique, avec la publication du PIB du 4ème trimestre aux États-Unis ainsi que l’inflation du mois de décembre dans le pays. La production industrielle de la zone euro sera publiée ce lundi. En plus de cela s’ajoutent encore des publications de résultats d’entreprises, aux Etats-Unis toujours ainsi qu’en Europe. Ces informations permettront aux marchés d’évoluer, et potentiellement de rebondir, après des chutes drastiques de valorisation pour certaines entreprises, dont les business model ont été jugés très exposés aux avancées promises par l’IA.

Côté géopolitique, la semaine qui s’annonce promet d’être tout aussi dense, peu après la Conférence de Munich sur la sécurité, Américains et Iraniens doivent se retrouver à Genève pour avancer sur leurs négociations. Dans le même temps, Russes, Ukrainiens et Américains vont également se retrouver à Genève pour un nouveau round de pourparlers. La paix semble mal engagée à ce sujet, après de nombreuses frappes de drones en mer Noire (Taman, Sotchi, Odessa). Enfin, le Conseil de la paix créé par Donald Trump doit se réunir jeudi à Washington pour acter le montant à allouer à la reconstruction de Gaza et à l’aide humanitaire à apporter.

 

Gaz naturel: -0,9 % sur les prix pour 2027 et  -9,7 % pour les prix de mars 2026

Le prix du gaz reste sur une tendance baissière, principalement observable sur les prix à court terme.

Sur l’approvisionnement, la Norvège exporte toujours plus de 2,8 TWh/j de gaz vers l’Europe (+7 % vs. février 2025) et les flux de GNL se situent aux alentours de 3,5 TWh/j, formant le gros de l’offre à destination de l’UE27. Malgré ces flux plutôt élevés, les stocks ne sont plus remplis qu’à 34 %, contre 37 % il y a une semaine. Il y a un an, ils étaient remplis à plus de 47% à la même période.

Malgré un niveau défavorable des stockages, les prix restent orientés à la baisse, car les prévisions météorologiques font toujours état de températures supérieures à la moyenne de saison pour les 15 prochains jours, entre 1 et 3 degrés au-dessus de la normale. Dans ces conditions, la demande en gaz devrait rester mesurée et n’induira pas de soutirage outre mesure dans les stocks. La fin de l’hiver devrait donc se dérouler sans embûches en Europe, le continent devra toutefois importer d’importantes quantités de GNL dans les prochains mois pour remplir à nouveau ses stockages à un niveau confortable.

 

Électricité : +2,4 % sur les prix pour 2027 et  -20,6 % pour les prix de mars 2026

Le prix de l’électricité chute allègrement à court terme mais se maintient aux alentours de 50 €/MWh à plus long terme.

A court terme, des conditions très venteuses, une bonne production solaire ainsi que des températures prévues de 1 à 3 degrés au-dessus des normales de saison vont permettre aux prix SPOT ainsi qu’au prix du mois de mars de diminuer et de converger vers les prix à long terme (50 €/MWh). Dans ces conditions, la demande en électricité va rester mesurée et évoluera sous la moyenne de consommation habituelle entre la mi-février et le début mars, entre 53 et 63 GW contre 60 à 68 GW d’ordinaire.

Du côté du nucléaire, la disponibilité est de 53 GW, avec 48 réacteurs actifs, permettant amplement de couvrir une bonne partie de la demande française et de maintenir une situation d’exportateur net.

Sur le plus long terme, les prix français ont eu tendance à remonter après la publication de la PPE3 (Programmation Pluriannuelle de l’énergie) par le Gouvernement, qui va freiner le développement du renouvelable (solaire et éolien), mais soutenir la filière nucléaire, avec pour ambition d’atteindre 400 TWh de production par an contre environ 370 TWh aujourd’hui.

 

Pétrole : -0,94 % sur le prix du pétrole brut
Le prix du pétrole a évolué dans une borne étroite la semaine passée, alors que le marché attend la poursuite de nouvelles discussions entre Iraniens et Américains, qui devraient avoir lieu ce mardi à Genève. Bien que Trump ait annoncé le déploiement d’un second porte-avion américain dans la région du Golfe Persique, les deux parties ont annoncé vouloir avancer ensemble dans le but de trouver une issue diplomatique à leur désaccord actuel. Les diplomates iraniens et américains devront trouver un terrain d’entente sur la question du nucléaire iranien ainsi que des capacités balistiques du pays. L’Iran a également indiqué sa volonté de voir les sanctions frappant son économie réduites, si elle faisait preuve de bonne volonté sur son programme nucléaire. Pour l’heure, la pression reste forte sur la République islamique, et les tensions ne pourront s’apaiser qu’en cas d’accord durable entre les deux parties.

 

Co2: -10,21% sur le prix des quotas pour décembre 2026

Le CO₂ a connu sa plus forte baisse hebdomadaire depuis janvier 2024 et évolue désormais autour de 70 €/tonne. La chute est principalement due aux commentaires du chancelier allemand Friedrich Merz, qui a fait état de ses inquiétudes sur le fonctionnement actuel de l’EU ETS, en considérant qu’il fallait une réforme en profondeur du système voire une suspension de celui-ci. La Commission européenne conduit actuellement une réforme du système d’échange de quotas, qui devrait voir le jour au 3ème trimestre 2026 et affecter l’offre et la demande pour la prochaine phase de l’EU ETS, à compter de 2030. De ce fait, les positions haussières se sont réduites, renforçant le sentiment baissier actuel sur les quotas.

 

Charbon: +3,31% sur la tonne de charbon

Le prix du charbon a une nouvelle fois été soutenu par des annonces chiffrées de l’Indonésie, qui indique qu’elle réduira sa production de l’ordre de 200 millions de tonnes en 2026. Le pays a exporté 522 millions de tonnes de combustible en 2025. Cette annonce a évidemment pesé à la hausse sur le charbon et ses perspectives de prix pour l’année à venir demeurent donc haussières.

 

Prix du gaz dans le monde ­:

Le prix du gaz a rebondi de manière modérée aux États-Unis ainsi qu’en Asie, tandis qu’il poursuivait sa chute en Europe.

Le Nouvel An lunaire chinois devrait permettre aux prix en Asie de chuter du fait d’une moindre activité économique dans le pays.

Les flux de GNL à destination de l’Europe devraient atteindre 170 – 180 milliards de m³ en 2026, le plus haut niveau d’importation qu’ait connu le bloc.

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