Par Lale Akoner, analyste de marchés chez eToro
Cette semaine verra affluer une vague de publications de résultats à fort impact de la part des méga-capitalisations et des valeurs de référence de leurs secteurs, dans la technologie, les semi-conducteurs, la santé, la consommation, l’industrie et l’énergie. Les marchés regardent au-delà du simple constat d’un dépassement ou d’un manque par rapport aux attentes : l’attention se porte avant tout sur le pouvoir de fixation des prix, la résilience de la demande, la discipline des coûts et la manière dont les équipes dirigeantes présentent leurs perspectives pour 2026. Vous trouverez ci-dessous les principales publications de résultats à suivre et ce qui est le plus susceptible de faire bouger chaque action.
Microsoft (MSFT)
Focus : la réaction du titre dépendra surtout de la croissance d’Azure et des services IA.
Les investisseurs scrutent la demande cloud et les marges : le carnet de commandes lié à l’IA (dont de gros engagements OpenAI et Anthropic) est massif, donc toute mise à jour sur le rythme de croissance du cloud, la monétisation de l’IA ou les perspectives comptera.
Déclencheurs de marché : de solides chiffres Azure/IA (ou une surprise sur le guidance) renforceraient l’idée que les investissements IA portent leurs fruits ; à l’inverse, tout signe de ralentissement du cloud raviverait les inquiétudes de valorisation.
Meta Platforms (META)
Focus : un baromètre très attendu de la santé de la publicité digitale.
Le moteur principal sera la capacité de Meta à maintenir une forte croissance pub tout en restant strict sur les dépenses.
À surveiller : tendances publicitaires, trajectoire des coûts pour 2026 et pertes persistantes de Reality Labs.
Déclencheurs de marché : Meta a commencé à lever le pied sur le métavers après des pertes cumulées de Reality Labs au-delà de 70 Md$. Toute info sur des coupes de coûts, plus des commentaires sur l’engagement utilisateurs ou de nouvelles sources de monétisation (ex. pub sur Threads), pèsera fortement sur le sentiment.
Apple (AAPL)
Focus : l’appel de résultats sera disséqué pour les nouvelles sur l’IA, les marges et d’éventuels indices produits.
Les investisseurs chercheront des éléments sur les partenariats IA, le guidage de marge, et des signaux sur de nouveaux produits (AR/VR ou iPhone pliable) ainsi que la manière de gérer les vents contraires commerciaux en 2026.
Déclencheurs de marché : les ventes d’iPhone et la croissance des services devraient porter des hausses à deux chiffres du CA et du BPA, mais le catalyseur majeur pourrait être la stratégie IA. Apple aurait d’ailleurs signé un accord pluriannuel pour utiliser les modèles Gemini de Google afin d’alimenter Siri et de futurs produits, un mouvement que certains analystes voient comme une réponse au « retard » d’Apple sur l’IA.
Tesla (TSLA)
Focus : les marges automobiles, mises sous pression par la guerre des prix.
Le marché espère des signes de stabilisation des marges brutes, ou que l’activité stockage d’énergie (désormais à meilleures marges que l’auto) compense la faiblesse.
Déclencheurs de marché : commentaires sur le carnet de commandes en Chine/Europe, adoption des abonnements FSD, avancées sur robotaxis ou Optimus. Des surprises positives (marges meilleures qu’attendu, calendrier crédible) peuvent faire basculer rapidement ce titre très volatil.
Boeing (BA)
Focus : validation (ou non) d’un scénario de reprise aéronautique.
Après une forte hausse, les investisseurs attendent une confirmation de la montée des cadences et de l’amélioration de la génération de cash.
Déclencheurs de marché : le point clé sera le free cash-flow 2026. Un message indiquant une hausse marquée l’an prochain conforterait le scénario haussier ; des difficultés sur les objectifs de production ou un ton prudent sur les risques de chaîne d’approvisionnement pourraient calmer l’enthousiasme.
ASML (ASML)
Focus : au-delà du résultat, ce sont surtout les commandes.
Une forte demande de TSMC et des fabricants mémoire (type Samsung) pourrait signaler une rampe de croissance puissante vers 2027, même si 2026 paraît plus contrainte.
Déclencheurs de marché : le niveau des commandes T4 (autour de 7 Md€) et le discours sur le guidance 2026. Les commentaires sur la trajectoire des ventes liées à la Chine (attendues en baisse avec les contrôles export) compteront aussi : si d’autres régions montent suffisamment vite pour compenser, cela réduirait la décote géopolitique. Même avec une croissance de CA modeste à court terme, de grosses commandes soutiendraient la thèse d’un cycle encore porteur (IA + mémoire).
Visa (V) & Mastercard (MA)
Focus : Visa et Mastercard publient leurs résultats le 28 janvier, en mettant l’accent sur les tendances des dépenses de consommation, les volumes transfrontaliers et les commentaires de la direction plutôt que sur les résultats financiers.
Une utilisation stable des cartes et une demande voyage résiliente soutiendraient la confiance dans une croissance de revenus encore proche du « low double-digit », malgré un bruit réglementaire élevé.
Déclencheurs de marché : côté Visa, les indicateurs de dépenses et les commentaires sur incentives/pricing. Côté Mastercard, le cadrage initial du guidance 2026 et la dynamique des services. Même des chiffres « dans les clous » peuvent rassurer si les deux confirment des volumes solides et des risques réglementaires gérables.
Exxon Mobil (XOM)
Focus. En 2025, les prix du pétrole ont chuté de près de 20 % ; le Brent s’est établi en moyenne à un peu plus de 60 dollars, ce qui pèsera sur les résultats d’Exxon au quatrième trimestre.
Exxon a déjà averti que la baisse des prix du brut pourrait réduire ses bénéfices en amont de 1,2 milliard de dollars par rapport au troisième trimestre, même si la hausse des marges de raffinage pourrait compenser quelques centaines de millions. Facteurs influençant la réaction du marché : les investisseurs chercheront à s’assurer que la croissance des volumes et la réduction des coûts peuvent générer des flux de trésorerie solides, même avec des prix du pétrole plus bas.
Les principaux domaines d’intérêt comprennent les plans d’investissement d’Exxon pour 2026, toute mise à jour de ses prévisions de bénéfices pour 2030 récemment revues à la hausse (Exxon a relevé ses objectifs de bénéfices/flux de trésorerie à long terme sans augmenter ses dépenses d’investissement) et la manière dont elle utilisera ses liquidités « excédentaires » (dividendes, rachats d’actions). Si Exxon souligne sa résilience et annonce une solide génération de trésorerie à un prix du pétrole compris entre 60 et 70 dollars, cela pourrait redynamiser l’ensemble du secteur de l’énergie.
L’or remplace les obligations comme couverture privilégiée
L’or est de plus en plus utilisé par les investisseurs comme couverture contre le risque lié aux actions, remplaçant les bons du Trésor à long terme. Ce changement reflète une rupture structurelle dans la relation traditionnelle entre les actions et les obligations : depuis 2022, les corrélations oscillent autour de zéro, ce qui réduit l’efficacité des obligations en tant que diversificateur.
Historiquement, l’exposition à la durée amortissait les baisses des actifs à risque. Mais des épisodes récents, comme la baisse qui a suivi le jour de la libération, où les actions et les obligations à long terme ont été vendues en tandem, ont sapé la confiance dans les obligations en tant que couverture fiable.
Conclusion pour les investisseurs : l’or s’est maintenu comme un actif défensif. Les flux montrent que les investisseurs allouent simultanément des capitaux aux actions et à l’or, tout en réduisant leur exposition aux obligations à plus long terme. Cette tendance reflète plus qu’une simple couverture contre l’inflation et une réallocation de la gestion des risques du portefeuille. Si la corrélation entre les obligations et les actions reste instable, le rôle de l’or en tant qu’amortisseur de volatilité pourrait se renforcer, redéfinissant la manière dont les portefeuilles couvrent le risque de baisse au cours du cycle.
Netflix après une semaine chahutée : le sell-off s’est arrêté — et maintenant ?
Netflix a connu une semaine très volatile. La pression vendeuse s’est d’abord intensifiée. Les résultats trimestriels étaient solides, mais les perspectives ont été jugées plus prudentes. Au plus bas, le titre a cédé près de 9% à 80,26$.
En fin de semaine, un rebond a limité la baisse hebdomadaire à environ 2%. Netflix a clôturé à 86,12$. Cette brève chute a aussi provoqué une fausse cassure sous les plus bas de janvier et d’avril 2025.
En parallèle, une zone de support importante (un fair value gap) entre 79,72$ et 80,81$ a été défendue avec succès. Les fair value gaps reflètent des « inefficiences » de marché. La longue mèche basse sur la bougie hebdomadaire, combinée à la défense de cette zone, suggère une possible stabilisation.
À surveiller : des signaux de confirmation, par exemple une séquence de plus hauts et plus bas ascendants, qui indiquerait la formation d’une nouvelle tendance haussière. Le titre reste actuellement environ 36% sous son plus haut historique.
![Netflix, weekly chart. Source: eToro]()
Netflix, weekly chart. Source: eToro
Meta Stock à la résistance : les bénéfices comme catalyseur clé
Les actions Meta ont gagné 6,4 % la semaine dernière, clôturant à 658,76 $. Ce mouvement a poussé l’action dans une zone de résistance bien connue (écart de juste valeur) comprise entre 658,13 $ et 715,30 $. Une zone où les acheteurs ont été rejetés à plusieurs reprises depuis début décembre.
Le principal catalyseur à court terme est la publication des résultats mercredi soir. Un mouvement soutenu au-dessus de la moyenne mobile sur 20 semaines à 663,85 $ serait un premier signal positif. Un dépassement du plus haut intermédiaire à 685,75 $ améliorerait encore la situation technique.
Dans ce scénario, la probabilité que l’action reteste son plus haut historique à 795 $ augmente. Pour replacer les choses dans leur contexte, Meta avait reculé d’environ 27 % entre août et novembre, et cet écart a désormais été réduit à environ 17 %.
À la baisse, une zone de soutien solide (écart de juste valeur) entre 548,90 $ et 588,72 $ a jusqu’à présent empêché des reculs plus importants. En cas de retracement à court terme, cette zone pourrait à nouveau servir de zone de soutien.
![Meta, weekly chart]()
Meta, weekly chart. Source: eToro
Marchés émergents : cinquième semaine de hausse d’affilée — jusqu’où le rally peut-il tenir ?
L’ETF iShares Core MSCI Emerging Markets a progressé de 2,3 % la semaine dernière, inscrivant un nouveau record et alignant une cinquième semaine consécutive de hausse. On observe récemment une rotation des capitaux hors des actifs américains vers l’Asie et les marchés émergents. L’élan haussier, amorcé à la mi-décembre, est désormais bien engagé.
Cependant, cette hausse rapide a créé de nouveaux fair value gaps à 68,90–70,04 $ et 67,28–69,01 $. Ces « gaps de juste valeur » correspondent à des inefficiences de marché et sont souvent revisités par les prix par la suite (voir l’exemple précédent, surligné en orange sur le graphique de septembre à décembre).
Ces zones peuvent donc constituer des niveaux d’intérêt potentiels pour les acheteurs. Mais le plus important reste la réaction du marché : la zone ne doit pas seulement être atteinte, elle doit aussi être respectée. Ce n’est qu’avec une confirmation, stabilisation ou signaux clairs de retournement, que la probabilité d’une entrée réussie s’améliore.
![IEMG, weekly chart]()
IEMG, weekly chart. Source: eToro
Bitcoin : un équilibre fragile
Bitcoin aborde la fin du mois de janvier dans une phase d’équilibre précaire, davantage dictée par les flux et le positionnement que par un récit de marché. Le prix reste stable dans une fourchette de 88 000 à 91 000 USD, mais les mouvements récents montrent clairement que le marché n’est pas guidé par une thèse structurelle : il réagit surtout à des impulsions macro et à des capitaux tactiques sensibles aux gros titres.
Le dernier épisode l’a parfaitement illustré. Ce n’est pas un catalyseur crypto qui a fait bouger le marché, mais la politique. L’apaisement de la rhétorique sur les tarifs douaniers a déclenché un rebond généralisé des actifs risqués. Bitcoin n’a ni mené le mouvement ni « décorrélé » : il a suivi. La hausse a aussi été amplifiée par le levier et s’est traduite par une vague de liquidations, plutôt que par une entrée propre d’acheteurs.
Cela confirme une lecture bien connue : Bitcoin continue de se comporter comme un actif risqué, pas comme une valeur refuge. Quand l’incertitude se détend, il tient ; quand elle s’intensifie, il n’attire pas de flux défensifs, contrairement à l’or.
Sous la surface, les données on-chain apportent une nuance importante. Le marché montre un refroidissement, pas une faiblesse. L’activité réseau s’est modérée, les flux nets vers les plateformes d’échange restent négatifs, et une part croissante de l’offre demeure immobilisée chez les détenteurs de long terme. Les prises de profits ont nettement reculé par rapport au quatrième trimestre 2025. En clair : on vend moins et on accumule davantage, mais sans urgence. La pression vendeuse structurelle est faible, sans que cela implique un momentum haussier immédiat.
Sur les dérivés, l’usage du levier remonte, mais de façon contenue. L’open interest s’est redressé après la purge de fin 2025, avec une prédominance de positions long et des coûts de financement encore modérés. Aucun signe évident de surchauffe, même si un funding au-delà de 5 % augmenterait le risque de liquidations baissières. Le marché a de la place pour reconstruire des positions, mais il n’est pas « forcé » dans un sens ou dans l’autre.
Le marché des options renforce cette lecture d’équilibre. Le niveau de “Max Pain” se situe très près du spot, ce qui tend à comprimer la volatilité de court terme. Le skew commence à se tendre, avec un intérêt accru pour des calls au-dessus de 95 000–100 000 USD, tandis que des puts à des strikes plus bas restent utilisés comme couvertures institutionnelles. Pas de panique, mais de la prudence.
Côté participants, le schéma est clair. La demande vient surtout des institutionnels, des ETF et des gros porteurs, avec des flux d’accumulation soutenus. Les investisseurs particuliers sont peu présents — et rien n’indique un retour imminent. Les vendeurs sont principalement des détenteurs à horizon moyen, qui prennent leurs profits progressivement, sans signe de capitulation. Les mineurs et les grosses baleines réduisent leurs ventes. Le solde net penche du côté des acheteurs structurels.
Tout cela se déroule alors que l’ancienne carte ne fonctionne plus vraiment. Le cycle de quatre ans n’explique plus, à lui seul, le comportement du marché. La liquidité s’est concentrée dans des véhicules institutionnels qui ne « ruissellent » pas vers le reste de l’écosystème comme avant, d’où un marché plus étroit, plus exigeant et plus lent. Pendant ce temps, l’infrastructure progresse (tokenisation, stablecoins, trading 24/7) et l’utilité avance plus vite que le prix.
À ce stade, Bitcoin n’est pas « cassé », mais il ne valide pas non plus une direction nette. On n’est ni en phase de cassure, ni en euphorie. Le support se construit via une accumulation silencieuse, pas par l’exubérance. Tant que les flux institutionnels se maintiennent et que le levier reste maîtrisé, cette consolidation en range a du sens.
Le catalyseur haussier reste la persistance des flux entrants sur les ETF ; le risque principal est une remontée du levier combinée à des chocs macro. Le marché n’a pas besoin de plus de récit : il a besoin de signaux capables de tenir sous stress.