jeu. Jan 8th, 2026

Dans le passé, la publication de statistiques économiques douteuses était l’apanage des pays émergents ou en développement et des pays à régime autoritaire. Aujourd’hui, des doutes existent également pour les États-Unis. Les résultats du troisième trimestre de la croissance publiés mardi 23 décembre par le Bureau of Economic Analysis suscitent un débat.

À leur lecture, les États-Unis sont en pleine forme. Le PIB a augmenté de 4,3 % au troisième trimestre (en rythme annuel), contre +2,8 % au deuxième trimestre. Le marché s’attendait à une croissance deux fois plus faible (2,3 %). Cette publication intervient avec retard en raison du « shutdown » des services publics. La première estimation du PIB du troisième trimestre aurait dû être publiée en octobre, et la deuxième en novembre. La statistique de ce mardi vient en rattrapage avec beaucoup de retard.

Une croissance portée par la consommation et le commerce

Au troisième trimestre, la consommation des ménages a porté la croissance : les dépenses de santé, soins hospitaliers et médicaments sur prescription, les voyages internationaux, les véhicules « récréationnels » (motos, bateaux…) et les voitures. Les dépenses de consommation ont ainsi augmenté de 3,8 %.

L’accélération de la croissance par rapport au deuxième trimestre s’explique également par une moindre diminution des investissements (-0,3 %). Les exportations ont progressé de 8,8 %. Les importations ont diminué moins fortement au cours de ce trimestre (-4,7 %). De leur côté, les dépenses publiques ont progressé de 2,2 %.

Avec la stabilisation des tarifs douaniers durant l’été, les échanges commerciaux ont repris. Ces tarifs sont moins élevés que ceux qui avaient été dévoilés en avril. Des exemptions ont été mises en place.

Des perspectives favorables mais fragilisées par le shutdown

Le quatrième trimestre devrait subir le contrecoup du « shutdown », qui a mis l’économie sur pause, mais il y aura un rattrapage par la suite. Alors que la croissance moyenne depuis le début de l’année s’élève à 2,5 % en rythme annualisé, l’année 2026 devrait rester dynamique. Les coups de pouce fiscaux du « Big Beautiful Bill » de cet été devraient favoriser la consommation et l’investissement. Avec les élections de mi-mandat au mois de novembre 2026 en perspective, Donald Trump devrait accroître un peu plus les dépenses publiques.

La qualité des statistiques publiques se dégrade aux États-Unis et beaucoup d’économistes s’en inquiètent. Au-delà du shutdown, les pressions de l’exécutif et la réduction des moyens budgétaires dévolus aux agences d’État expliquent cette dégradation.


Une dégradation inquiétante de la qualité statistique

Les retards dans la transmission de nombreuses données ont pu influer sur le calcul de la croissance du troisième trimestre, a indiqué le Bureau des statistiques économiques (BEA). C’était déjà le cas pour l’inflation du mois de novembre. À 2,7 % seulement, au plus bas depuis cinq ans, elle avait déjà surpris les économistes. À raison : près de la moitié des prix des produits et services qui constituent l’indice avaient été imputés, c’est-à-dire estimés par l’institut statistique au lieu d’être observés.

En raison des coupes budgétaires, le ministère de l’Agriculture n’a plus les moyens d’effectuer son enquête sur l’insécurité alimentaire aux États-Unis et, en avril, le BLS a annoncé la suspension ou la réduction de l’échantillon de certaines données utilisées pour le calcul de l’indice des prix à la consommation, en raison d’un gel des embauches au niveau fédéral. Un rapport publié il y a deux semaines par l’Association américaine des statistiques (Amstat) estime que le nombre de salariés du BLS a diminué de 20 % en un an. Depuis le mois d’avril, près de 40 % des prix des produits et services sont désormais estimés.

La détérioration de la qualité des statistiques américaines complique la tâche de la Réserve fédérale, qui doit juger de l’évolution de l’économie.

Le Fonds monétaire international s’inquiète de la situation. Il a ainsi souligné que « les instituts nationaux de statistique sont les garants de l’intégrité des données et le pilier d’une prise de décision éclairée. Garantir leur indépendance, des ressources adéquates et leur capacité d’innovation est essentiel à une bonne gouvernance et à des politiques efficaces. Sans institutions statistiques solides, la confiance dans les données économiques s’effondre, et avec elle, les fondements de politiques judicieuses ».

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