Nicolas Leclerc, cofondateur du cabinet de conseil en énergie OMNEGY,
Macroéconomie & Géopolitique : L’événement macroéconomique majeur de la semaine passée est détenu par la Cour suprême américaine, qui a rendu vendredi une décision majeure sur les droits de douane mis en place par l’administration Trump. Celle-ci a annoncé qu’elle avait annulé une grande partie des droits de douane, car ils seraient fondés, à tort, sur une loi d’urgence intérieure. Suite à cette décision, Trump a réagi en attaquant sur les réseaux sociaux deux juges (qu’il avait lui-même nommé) et a annoncé de son côté qu’il allait imposer une nouvelle hausse de ses tarifs douaniers de 10 %, en se fondant sur un autre dispositif législatif (qu’il a immédiatement relevé à 15 %). Cet enchaînement d’événements rend malgré tout la situation peu lisible et peu claire, notamment sur le remboursement des droits de douane perçus illégalement par l’administration américaine, aux pays ou entreprises étrangères.
Du côté géopolitique, le site d’information américain Axios a publié un rapport édifiant la semaine passée, indiquant que la Maison Blanche évalue à 90 % la possibilité d’une action militaire contre l’Iran. Ce rapport indiquait que malgré des pourparlers entre les deux nations, le désaccord sur le fond demeurait profond et dans le même temps les États-Unis renforçaient de manière notable leur présence militaire proche de l’Iran. Un nouveau cycle de négociations doit avoir lieu jeudi à Genève, ainsi que l’a annoncé le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Cette annonce a calmé les marchés et fait diminuer le prix du pétrole ce matin, pour le moment.
Gaz naturel: +2,2 % sur les prix pour 2027 et -1 % pour les prix de mars 2026
Le prix du gaz en Europe s’est fait assez volatil sur la semaine pour le prix du mois de mars, passant tantôt de 28,18 €/MWh le 17 février à 31,90 €/MWh au 19 février, avant de perdre un peu de hauteur vendredi à la clôture. Les prévisions de températures haussières et le rebond des importations de GNL ont agi sur les prix à la baisse, tandis que la situation entre les États-Unis et l’Iran et le faible niveau des stockages ont agi sur les prix à la hausse.
Concernant l’approvisionnement, les importations en provenance de la Norvège se situent à 2,83 TWh/jour et demeurent stables (+2 % vs le 23 février 2025) et celles de GNL ont connu un fort rebond en Europe, à 4,5 TWh/jour contre 4 TWh/jour la semaine passée. Ces dynamiques rassurantes, en plus d’une demande qui va rester modérée, du fait de températures de 1 à 5 degrés au-dessus des normales de saison pour les 15 prochains jours, ont permis au prix à court terme de diminuer.
Cependant, la situation au Moyen-Orient a fait réagir rapidement les traders la semaine passée, faisant augmenter le prix du gaz de près de 10 % à court terme en l’espace de deux jours. Le marché craignait qu’une intervention militaire américaine ne se matérialise et vienne amputer l’Europe d’un approvisionnement en GNL crucial, en provenance du Qatar. Également, le niveau des stockages européens, qui se rapproche des 30 %, empêche les prix de trop diminuer.
Il convient d’attendre la signature d’un accord entre les États-Unis et l’Iran pour voir la prime de risque géopolitique s’effacer dans le prix du gaz européen.
Électricité :+5,5 % sur les prix pour 2027 et -12,1 % pour les prix de mars 2026
Pour la première fois depuis le début de l’hiver, le prix de l’électricité à court terme en France est repassé sous les prix à long terme.
Cela s’explique par le fait que les températures vont rester bien au-dessus des normales de saison, que ce soit en France mais également dans toute l’Europe occidentale, limitant ainsi fortement la demande à venir dans les 2 prochaines semaines. Aujourd’hui en France, la demande ne devrait être « que » de 57,5 GW, contre 66,1 GW d’habitude au 23 février. À ceci s’ajoute une forte production éolienne, qui dépassera par exemple les 40 GW en Allemagne aujourd’hui ainsi qu’une très bonne production solaire en Espagne, permettant aux prix spot de converger vers les 0 €/MWh. La réunion de ces conditions permet donc au prix du mois de mars de s’installer bien en dessous des 50 €/MWh.
À plus long terme, le prix de l’électricité a connu un rebond marqué, principalement en raison de la hausse des prix du CO₂, mais également du charbon, ou encore du gaz sur les horizons 2027 et 2028. Cependant, ce rebond devrait plutôt être de courte durée, et les prix repartent en baisse en cette matinée du 23 février.
Pétrole : +6,64 % sur le prix du pétrole brut
Le prix du pétrole a fortement augmenté la semaine passée, et est en hausse constante depuis plus de 2 mois. À la suite de la rencontre prévue entre Iraniens et Américains, le 17 février, les deux parties ont déclaré avoir atteint un accord global sur leurs différends. Toutefois le lendemain, le marché a jugé crédible la possibilité d’une intervention militaire américaine sur le sol iranien, après la publication d’un rapport allant dans ce sens et faisant état d’un renforcement drastique de la présence américaine dans le secteur (2 porte-avions, déploiement de 50 avions de chasse supplémentaires, 150 vols militaires répertoriés, transportant armes et munitions). De ce fait, les prix se sont maintenus en hausse jusqu’à la clôture, au vendredi 20 février.
Les prix sont à présent en baisse ce matin, puisqu’au cours du week-end, les diplomates iraniens ont cherché l’apaisement, en annonçant que le brouillon d’un accord serait prêt dans les prochains jours, et une nouvelle journée de négociation est prévue jeudi prochain. Elle concernera toujours le programme nucléaire iranien, la réduction des armes balistiques, et le support de l’Iran aux milices disséminées dans le Moyen-Orient.
Co2: +4,37 % sur le prix des quotas pour décembre 2026
Le prix des quotas a rebondi après avoir connu une chute historique peu auparavant. Ce rebond semble être à la fois guidé par des considérations géopolitiques, en lien avec la situation en Iran, mais également techniques, puisque le prix du CO₂ a chuté juste sous la barre des 70 €/tonne, suite à des commentaires remettant en cause le mécanisme de l’EU ETS, et constituait ainsi une bonne cible d’achat. Il y a toutefois peu de chances de voir le prix remonter à ses niveaux d’auparavant (> 80 €/t) et il faudra attendre le mois de juillet 2026 pour avoir plus de visibilité sur le devenir des quotas carbone, lorsque la Commission européenne publiera sa stratégie pour les EU ETS post-2030.
Charbon: +6,6 % sur la tonne de charbon
Le prix du charbon continue de monter, car le marché réagit toujours aux annonces de l’Indonésie, visant à réduire sévèrement la production de charbon dans le pays. Dans le même temps, les stocks de charbon européens ne sont plus que de 2,5 millions de tonnes, soit 27,8 % de moins que l’année dernière à la même époque et la production électrique de l’Allemagne à partir de charbon a augmenté de 5,5% entre février 2025 et février 2026.
Prix du gaz dans le monde :
Le prix du gaz aux États-Unis s’est replié de plus de 5 % sur la semaine, laissant la possibilité aux prix européens de reculer également de ce fait. L’Europe maintient des importations de GNL élevées, et à bon prix, en raison de la demande très modérée en Asie pour ce combustible.