ven. Jan 9th, 2026

Depuis 2017, les pays européens connaissent une stagnation, et même un recul pour certains d’entre eux, de la productivité du travail. À court terme, cette stagnation de la productivité a été associée à un supplément de créations d’emplois mais, à moyen terme, elle aura un effet négatif sur ces dernières en raison de la perte de compétitivité induite.

En zone euro, la productivité par tête n’a progressé que de 7,5 % de 2010 à 2025, contre près de 40 % aux États-Unis. Elle stagne, voire recule, depuis 2017. Il en est de même pour la productivité horaire du travail depuis 2019. Dans les quatre plus grands pays de la zone euro, la productivité diminue depuis 2019 en France et en Italie et ne progresse que lentement en Allemagne et en Espagne.

Une dynamique favorable à l’emploi à court terme

À court terme, une stagnation ou un recul de la productivité s’accompagne d’une forte croissance de l’emploi. Pour maintenir un même niveau de production, il faut davantage de travail. Le taux d’emploi est ainsi passé de 65 à 71 % au sein de la zone euro entre 2010 et 2025. Sur cette période, il est passé de 70 à 78 % en Allemagne, de 64 à 69 % en France, de 59 à 67 % en Italie et de 56 à 63 % en Espagne.

Une perte de compétitivité et d’investissement à moyen terme

À moyen terme, la stagnation de la productivité dégradera la compétitivité. Déjà, la production manufacturière stagne, ou même recule, dans tous les grands pays de la zone euro depuis 2017. En France, en 2025, elle est inférieure à son niveau de 2019. En Allemagne, elle s’est contractée de 15 % entre 2017 et 2025. Il n’y a qu’en Espagne où elle a légèrement augmenté.

La stagnation de la productivité entraîne la baisse de la profitabilité et celle de l’investissement productif. La part des profits après impôts et intérêts des sociétés non financières est passée de 14 à 12 % du PIB en zone euro entre 2021 et 2025, quand elle est restée stable aux États-Unis autour de 15 % du PIB. L’investissement des entreprises s’élevait à 11,8 % du PIB en 2025 en zone euro, contre 14 % aux États-Unis. L’investissement est orienté à la baisse en Europe, quand il a tendance à progresser aux États-Unis.

Un retard structurel en recherche, innovation et compétences

La stagnation de la productivité révèle l’insuffisance des dépenses de recherche-développement. Celles-ci, en 2025, atteignaient 3,5 % du PIB aux États-Unis, contre 3 % en Allemagne, 2,4 % en France et 1,8 % en Espagne. Par ailleurs, les investissements en technologies de l’information et de la communication (y compris les logiciels) s’élevaient à 4 % du PIB aux États-Unis en 2025, contre 2,5 % en zone euro.

Cette sous-productivité européenne ne favorise pas la montée en compétences de la population active, comme le montre l’enquête PIAAC de l’OCDE. Les États-Unis n’ont pas un niveau de compétences élevé mais compensent en jouant sur l’immigration de chercheurs étrangers.

La stagnation des gains de productivité est l’antichambre du déclin économique avec une moindre valeur ajoutée par emploi. L’Europe, qui a cédé beaucoup de terrain aux États-Unis ces vingt dernières années, devrait concentrer ses efforts sur cette question en augmentant son effort de formation et de recherche.

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