Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro
La réunion de la Banque centrale européenne de cet après-midi s’annonce comme l’une des plus importantes depuis longtemps. Après plusieurs mois d’attentisme, l’institution de Francfort semble contrainte de changer de cap. Le choc énergétique provoqué par la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz a brutalement modifié l’équation monétaire en zone euro. Alors que les marchés misaient encore récemment sur une longue période de stabilité des taux, ils anticipent désormais une hausse d’un quart de point, la première depuis septembre 2023.
Ce relèvement attendu porterait le taux de dépôt à 2,25 %, contre 2 % actuellement. En apparence, le mouvement reste modeste. Mais son signal est puissant. La BCE veut rappeler que son mandat reste la stabilité des prix et qu’elle ne peut pas rester inactive face à une inflation revenue à 3,2 % en mai, nettement au-dessus de sa cible de 2 %. Après avoir longtemps accompagné la normalisation de l’inflation, elle doit désormais gérer un nouveau choc d’offre, venu cette fois encore de l’énergie.
La difficulté est précisément là. Une banque centrale ne peut ni rouvrir le détroit d’Ormuz, ni faire baisser directement le prix du pétrole ou du gaz. En revanche, elle peut empêcher que cette hausse des coûts ne se diffuse à l’ensemble de l’économie. C’est ce risque de second tour qui inquiète les responsables monétaires. L’inflation sous-jacente est remontée à 2,5 % en mai, les anticipations d’inflation des ménages et des entreprises se redressent, et certaines sociétés commencent à répercuter leurs coûts sur leurs prix de vente.
La comparaison avec 2022 s’impose naturellement, mais elle doit être maniée avec prudence. À l’époque, la flambée énergétique s’était accompagnée d’une forte accélération salariale et d’une propagation plus large de l’inflation. Aujourd’hui, les salaires progressent moins vite et les signes d’une spirale prix-salaires restent limités. C’est pourquoi la hausse de taux de juin ressemble davantage à une mesure d’assurance qu’au début évident d’un nouveau cycle de resserrement monétaire.
Le vrai enjeu sera donc moins la décision elle-même que le message de Christine Lagarde. Les marchés chercheront à savoir si la BCE prépare une nouvelle hausse dès septembre ou si elle veut conserver une flexibilité maximale. Les nouvelles projections économiques seront décisives. Une inflation révisée à la hausse et une croissance abaissée confirmeraient le dilemme classique d’une banque centrale confrontée à un choc énergétique, à savoir lutter contre l’inflation sans étouffer une économie déjà fragile.
