Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro
La flambée du pétrole en raison des tensions géopolitiques autour de l’Iran rappelle une réalité simple : dès que le Moyen-Orient s’embrase, le prix du carburant redevient un sujet politique majeur. Le moindre risque sur l’offre de pétrole, notamment autour du détroit d’Ormuz, suffit à raviver les craintes sur l’approvisionnement mondial et à faire remonter la pression à la pompe. Pour les ménages américains, très dépendants de la voiture, la hausse du prix de l’essence est immédiatement visible. Pour la Maison-Blanche, c’est donc un sujet économique et social.
Dans ce contexte, les biocarburants retrouvent une place centrale dans le débat énergétique américain. Aux États-Unis, la teneur standard en éthanol dans l’essence est aujourd’hui de 10 %, le fameux E10. Ce mélange est devenu la norme dans une grande partie du pays. Il permet de réduire marginalement la dépendance au pétrole, tout en soutenant une filière agricole stratégique, celle du maïs, particulièrement importante dans le Midwest. L’éthanol n’est donc pas seulement une question environnementale. C’est aussi une question de pouvoir d’achat et de soutien aux agriculteurs.
L’E15, qui contient jusqu’à 15 % d’éthanol, va plus loin. En période de hausse des prix du carburant, il présente un intérêt politique évident qui est de proposer une alternative potentiellement moins chère à la pompe. Mais son usage reste encadré. La réglementation fédérale américaine sur la qualité de l’air limite normalement sa vente pendant l’été, car les fortes températures augmentent l’évaporation des carburants et contribuent à la formation de smog. L’Agence américaine de protection de l’environnement, l’EPA, peut toutefois accorder des dérogations en cas d’urgence. L’administration Trump l’a fait pour l’été 2026, après une mesure similaire en 2025.
Dans ce contexte de demande croissante pour les biocarburants, les producteurs d’éthanol et les grands groupes agricoles apparaissent bien positionnés pour en tirer parti. Archer-Daniels-Midland (ADM), l’un des principaux transformateurs de maïs aux États-Unis, pourrait bénéficier directement d’un environnement plus favorable aux biocarburants.
Valero est également exposé, à la fois via l’éthanol et le diesel renouvelable. Green Plains, acteur plus spécialisé, est souvent perçu comme une valeur plus directement corrélée aux marges de l’éthanol. À l’inverse, certains raffineurs traditionnels peuvent être plus partagés, ils profitent parfois des crédits liés aux carburants renouvelables, mais subissent aussi des coûts de conformité plus élevés lorsque les obligations d’incorporation augmentent.
Mais l’éthanol n’est pas la seule voie. Le biodiesel est produit par réaction d’huile végétale ou de graisse animale avec de l’alcool. Il existe aussi le diesel renouvelable. Celui-ci est obtenu en traitant les matières premières avec de l’hydrogène sous haute pression afin de produire un carburant de substitution de meilleure qualité. Dans ce segment, des groupes comme Neste, Darling Ingredients, via sa coentreprise Diamond Green Diesel avec Valero, ou encore Marathon Petroleum, Chevron et Phillips 66, sont directement concernés.
Toutefois, la limite reste technique. Tous les véhicules ne peuvent pas absorber des carburants à forte teneur en biocarburants. Les modèles anciens peuvent poser problème, et les carburants très riches en éthanol nécessitent des véhicules flex-fuel, encore peu répandus aux États-Unis.
En réalité, les biocarburants ne règlent pas tout. Ils ne remplacent ni le pétrole, ni l’électrification, ni les efforts d’efficacité énergétique. Mais en période de choc géopolitique et de hausse des prix à la pompe, ils offrent une réponse pragmatique. C’est sans doute leur principal atout.