Par Claudia Panseri, Chief Investment Officer, UBS Wealth Management France (UBS Europe SE, Succursale de France)
Le conflit entre les États-Unis et l’Iran perdure, maintenant une incertitude sur les marchés. Les investisseurs oscillent entre l’espoir d’une résolution rapide et la crainte que la forte hausse des prix de l’énergie n’ait un impact durable sur la croissance économique et l’inflation.
Même en cas de succès des négociations, il faudra du temps pour que toutes les parties soient convaincues que la menace est réellement écartée. La remise en service des installations de production actuellement à l’arrêt pourrait également prendre du temps. De plus, les stocks de produits pétroliers diminuent dans plusieurs pays, et il est possible que des prix encore plus élevés soient nécessaires pour freiner la demande avant que les stocks ne soient reconstitués.
Dans ce contexte, les prix de l’énergie devraient rester élevés, au moins à court terme, ce qui pèsera sur la croissance et alimentera la volatilité des marchés.
Que faire maintenant ?
Bien que les actions nous semblent toujours globalement « attractives » et que nous soyons favorables au maintien d’une exposition stratégique à cette classe d’actifs, nous ramenons à « neutre » notre opinion sur les actions européennes (y compris de la zone euro) et indiennes.
Par ailleurs, nous considérons désormais les actions suisses et le secteur européen de la santé comme « attractifs ».
Les actions européennes, de nature procyclique et exposées à la volatilité des prix de l’énergie, pourraient pâtir d’une hausse persistante des coûts énergétiques, susceptible d’entraver la reprise du secteur manufacturier. Les derniers indices signalent déjà une extension des délais de livraison et une progression des prix de production.
Une inflation élevée et l’incertitude géopolitique pourraient également affecter le moral des consommateurs européens. L’éventualité d’une hausse des taux de la Banque centrale européenne pourrait aussi peser, même si un tel scénario nous semble peu probable.
L’économie indienne demeure particulièrement vulnérable à l’évolution des prix du pétrole, dont 88 % est importé. Bien que la chaîne d’approvisionnement énergétique soit relativement diversifiée — avec des importations en provenance de Russie et des États-Unis — 40 % de celles-ci transitent par le détroit d’Ormuz.
Au-delà du pétrole brut, l’Inde dépend également fortement du gaz naturel liquéfié et du gaz de pétrole liquéfié, majoritairement issus du Moyen-Orient. La hausse des prix de l’énergie risque d’aggraver le déficit du compte courant, d’accentuer les pressions budgétaires et de freiner la croissance économique.
Des marchés défensifs plus résilients
Les marchés défensifs, portés par une croissance structurelle et peu exposés aux perturbations du secteur énergétique, nous semblent offrir davantage de sécurité. Nous jugeons désormais les actions suisses et le secteur européen de la santé « attractifs ».
Les valeurs de ces deux segments ont reculé de plus de 10 % depuis le début du conflit, malgré un bêta généralement faible (donc une volatilité moindre), ce qui rend leurs valorisations particulièrement attrayantes à nos yeux.
L’incertitude liée aux droits de douane et aux prix des médicaments aux États-Unis, qui avait pesé sur ces secteurs l’an dernier, s’est largement dissipée. Par ailleurs, l’effet négatif d’un dollar américain faible sur les bénéfices touche à sa fin.
Grâce à des rendements sur dividendes attractifs (3,2 % pour la Suisse et 2,7 % pour le secteur européen de la santé), ces deux segments peuvent également contribuer à stabiliser la performance des portefeuilles.
Obligations : privilégier la qualité et la courte duration
Les marchés obligataires continuent de prévoir des relèvements significatifs des taux d’intérêt en Europe, au Royaume-Uni et aux États-Unis.
Nous estimons que les marchés obligataires focalisent excessivement sur les pressions inflationnistes de court terme induites par la hausse des prix de l’énergie, tout en négligeant les répercussions négatives à moyen terme sur la croissance, susceptibles d’engendrer une détente des taux, ainsi qu’une désescalade potentielle.
Le contexte actuel permet aux investisseurs de profiter des anticipations de relèvement des taux en privilégiant des obligations de qualité à duration courte, offrant ainsi des rendements attractifs et une position favorable en cas de retournement des taux.
L’or : un rôle de couverture intact
L’or a enregistré une nette baisse depuis le début du conflit, sous l’effet des anticipations de hausse des taux d’intérêt qui ont pesé sur le sentiment des investisseurs.
L’appréciation du dollar américain et la réduction des achats en provenance du Moyen-Orient ont également accentué la pression sur le métal précieux, poussant certains investisseurs institutionnels et entités souveraines à réaliser des prises de bénéfices.
À moyen terme, nous restons confiants quant à une reprise des cours : l’or demeure, selon nous, un instrument de couverture efficace à long terme et devrait voir son prix progresser à l’avenir.
Actifs non traditionnels : des opportunités à manier avec précaution
Les actifs non traditionnels, ou investissements alternatifs, regroupent notamment les hedge funds, le private equity, le crédit privé, l’immobilier et les opérations à terme.
Ces investissements sont réservés aux investisseurs qualifiés et nécessitent une analyse approfondie des risques, de la performance et des frais associés. Ils présentent plusieurs caractéristiques spécifiques :
- une nature spéculative et des risques substantiels
- une volatilité potentiellement élevée
- un recours possible à l’effet de levier
- une illiquidité sur le long terme
- des contraintes de valorisation et de transparence
- des frais généralement élevés
Par ailleurs, ces investissements comportent des risques spécifiques selon les stratégies :
- risques liés à la vente à découvert et aux produits dérivés pour les hedge funds
- risques directionnels pour les opérations à terme
- risques économiques et réglementaires pour l’immobilier
- contraintes de liquidité et appels de fonds pour le private equity
- risque de défaut pour le crédit privé
Enfin, les investissements internationaux exposent également les investisseurs aux fluctuations de change et à des risques politiques, économiques ou réglementaires.
Cadre d’analyse et précautions
Les préférences en matière de classes d’actifs reposent sur des anticipations de performance à un horizon de douze mois, intégrant des scénarios macroéconomiques et des analyses de marché. Elles se déclinent en plusieurs niveaux : attractif, neutre ou peu attractif, avec des nuances supplémentaires pour les actions.
Ce document est fourni à titre informatif et ne constitue ni une recommandation personnalisée ni une offre d’investissement. Il ne prend pas en compte les objectifs, la situation financière ou les besoins spécifiques de chaque investisseur.
Les marchés financiers comportent des risques, notamment des pertes en capital, des fluctuations de change et des variations de liquidité. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Dans cet environnement incertain, toute décision d’investissement doit être prise avec discernement, en tenant compte de son profil de risque et, le cas échéant, avec l’accompagnement de professionnels qualifiés.