C’est ce type de scénario que la plupart des investisseurs ont en tête pour l’année prochaine. Si la France élit en 2027 un président et une assemblée hostiles aux « injonctions de Bruxelles », il en résulterait une pression accrue des marchés sur la dette française, plutôt qu’une remise en question fondamentale des règles de la monnaie unique (1). Cette pression conduirait le nouveau gouvernement à donner des gages de sérieux à plus ou moins brève échéance.
Ce diagnostic et ce scénario appellent cependant deux remarques importantes :
• Premièrement, la situation des finances publiques françaises et le risque politique de 2027 ont déjà un impact négatif sur la zone euro. Ils fournissent en effet un prétexte idéal au gouvernement allemand pour repousser les projets d’eurobonds récemment relancés par de nombreux économistes et décideurs. C’est une perte d’opportunité pour renforcer l’Europe, consolider la monnaie unique et mieux résister aux crises, même si les autres projets d’Union financière continuent d’avancer.
• Deuxièmement, l’indifférence des marchés obligataires du reste de la zone euro à la situation française est relative. Déjà très bas, les différentiels de taux par rapport à l’Allemagne pourraient avoir du mal à se comprimer davantage, voire se retendre temporairement à l’approche des élections françaises.
En termes de stratégie, il nous semble donc préférable de chercher des alternatives aux OAT hors de la zone euro. Parmi les options possibles, deux autres actifs souverains risqués – très chahutés depuis plusieurs années – ont retenu notre attention : les obligations britanniques et japonaises.
A près de 5 % sur le 10 ans, les obligations britanniques portent à la fois un risque inflationniste et un risque politico-budgétaire. L’inflation britannique est cependant en décélération, et le risque budgétaire est limité par l’expérience « Liz Truss » de septembre 2022 (2). Même Andy Burnham, travailliste très à gauche désormais pressenti pour remplacer l’actuel premier ministre Keir Starmer, s’est déjà engagé à maintenir la trajectoire de baisse des déficits prévue par le gouvernement actuel.
Au Japon, la prime de risque sur les taux à long et à très long terme a grimpé significativement au cours des derniers mois. Les anticipations d’inflation à long terme dépassent désormais 2 % sur les marchés, et le yen est sous pression malgré la hausse récente des taux de la Banque du Japon – en grande partie parce que la BCE et la Fed montent le ton au même moment. Des problèmes de liquidités sont aussi apparus sur le marché obligataire en 2025-2026, mais ceux-ci sont en voie d’atténuation. A 2,65 % à 10 ans, les taux japonais s’approchent des taux allemands, et les dépassent même sur les échéances plus longues (15-30 ans), à près de 4 %, alors que l’inflation japonaise a rebaissé sous les 2 % depuis quelques mois.
Aux taux actuels, un portefeuille 50/50 d’obligations japonaises et britanniques porte un rendement désormais supérieur aux taux longs français (graphique 3). Ce portefeuille pourrait bénéficier de la baisse des pressions inflationnistes induite par le repli des prix de l’énergie, alors que les OAT souffrent de problèmes qui semblent difficiles à résoudre avant les élections de 2027, malgré une prime de risque attractive par rapport aux autres signatures de la zone euro. Une autre option, très proche, mais avec un meilleur rendement est de remplacer le 10 ans japonais par du 20 ans ou du 30 ans, en ajustant les montants investis pour tenir compte de la différence de duration.