Par Mali Chivakul, Economiste Marchés Emergents à Bank J. Safra Sarasin,
Pensez-vous que la perception des marchés émergents comme source traditionnelle de risque géopolitique soit en train d’évoluer ?
Les marchés émergents restent exposés à des risques liés aux politiques domestiques. Toutefois, à mesure que les marchés développés deviennent de plus en plus imprévisibles, l’écart de risque politique entre les deux s’est réduit.
Anticipez-vous une hausse des flux entrants vers les fonds investis en marchés émergents en 2026 ? Quelles régions émergentes attirent actuellement le plus de capitaux ?
Nous continuons d’anticiper des flux nets positifs vers les fonds marchés émergents pour le reste de l’année 2026. Après deux premiers mois solides, la guerre au Moyen-Orient et les incertitudes qui l’entourent ont bouleversé les flux. Nous anticipons un retour des flux vers cette classe d’actifs une fois qu’un accord sera trouvé entre les États-Unis et l’Iran. Le sommet Trump-Xi devrait probablement accélérer les négociations de paix. Depuis le début de la guerre, les flux vers l’Amérique latine ont été les plus réguliers.
Quels marchés émergents vous semblent les mieux positionnés pour bénéficier du nouveau contexte géopolitique et économique ? Où voyez-vous aujourd’hui les valorisations les plus attractives ?
Nous anticipons que l’Amérique latine sera la mieux placée pour tirer parti de l’accent croissant mis par les États-Unis sur l’hémisphère occidental. Alors que la sécurité économique est devenue une priorité, l’Amérique latine offre également des ressources minérales stratégiques. Au sein de la région, le Brésil apparaît attractif. En tant que producteur net de pétrole, il a bénéficié de la hausse des prix du pétrole. Les anticipations de bénéfices plus élevées dans le secteur pétrolier, combinées au récent repli du MSCI Brazil, ont ramené le P/E[1] prévisionnel à 12 mois à 9x, contre une moyenne de 12x sur dix ans.
Dans quelle mesure un dollar plus faible pourrait-il agir comme catalyseur pour les actifs émergents ?
Nous continuons d’anticiper un dollar plus faible à moyen terme. Toutefois, la vigueur actuelle de l’économie américaine par rapport à des pays majoritairement importateurs de pétrole pourrait empêcher un recul significatif du dollar pour le reste de 2026. Nous n’anticipons donc pas un dollar nettement plus faible cette année.
Quel est aujourd’hui le principal risque susceptible d’entraver le retour des flux vers les marchés émergents ?
Le principal risque reste l’incapacité des différentes parties au conflit à parvenir, en temps voulu, à un accord permettant la réouverture du détroit d’Ormuz. Les stocks de pétrole ont diminué, et un retard dans un accord de paix entraînerait probablement une nouvelle hausse des prix du pétrole ainsi qu’un nouvel épisode d’aversion au risque sur les marchés, provoquant des sorties de capitaux des marchés émergents.
