ven. Mai 15th, 2026
Par Serge Pizem, Directeur général de Swiss Life Gestion Privée,
Officiellement nous sommes toujours dans le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Que peut-on en conclure ?
 

S. Pizem : Le cessez-le-feu a été prolongé et les marchés ont pris conscience qu’aucune des deux parties ne souhaitent revenir à une guerre intensive. Trump pour des raisons électorales car cette guerre est très impopulaire et elle n’a pas été expliquée au préalable aux américains. L’Iran, car une 2e phase de guerre détruirait ses infrastructures cruciales pour l’économie du pays. Il faudrait une erreur flagrante de la part de l’Iran pour que les Américains reprennent les bombardements intenses. Ce scénario a diminué en probabilité mais demeure sur la table et contribue à mettre de la pression sur le régime iranien. En attendant, les prix du pétrole restent élevés autour de 100 USD le baril et surtout le détroit qui était ouvert avant l’opération « Epic Fury » se retrouve presque totalement fermé et des centaines de bateaux attendent de pouvoir circuler. Nous avions parlé de guerre asymétrique et elle est pleinement illustrée en ce moment où les Iraniens bloquent le détroit avec des moyens modestes. On peut dire qu’ils ont trouvé une « carte » maîtresse pour les négociations. Les Iraniens sont des grands maîtres de la négociation et savent faire durer les pourparlers.

Il y a un aspect nouveau dans ce conflit avec la visite du président Trump en Chine cette semaine. Le sujet sera abordé mais il y aura sans doute des discussions sur d’autres points stratégiques pour les deux pays, sachant que cette rencontre avait été prévue avant le conflit. Nous attendons des annonces importantes au niveau économique suite à cette rencontre.
 
Que pensez-vous du comportement des marchés face à cette situation ?

S.P. : Les marchés ont fortement rebondi et le début du rebond correspond au moment où le président Trump a annoncé son souhait de négocier. Le scénario d’un conflit relativement court est toujours central. Aux États-Unis, les résultats des entreprises au global sont bons et sont tirés par ceux, excellents, des « hyperscalers » avec des croissances fortes qui ont ruisselées sur tout le secteur des semi-conducteurs. On assiste à un véritable boom de la demande de semiconducteurs avec des prix qui montent fortement comme dans le cas des puces mémoires.

Globalement aux US, 84 % des sociétés ont annoncé des résultats supérieurs aux attentes. Les perspectives de bénéfices pour 2026 ont été revues à la hausse et on table désormais sur une croissance de l’ordre de 20 % aux US. De plus, des rachats de leurs propres actions par les sociétés viennent soutenir les cours. En Zone Euro, la situation est moins brillante car l’impact du prix du pétrole se fait ressentir davantage, avec des prévisions de croissance macro en baisse, pour atteindre un niveau entre 0,5 et à 0,9 % seulement selon les pays. Au niveau des sociétés, les révisions à la hausse du secteur de l’énergie, des services aux collectivités et des télécoms font mieux que compenser les baisses des secteurs technologiques (hors semi-conducteurs) et du luxe. Le consensus prévoit une croissance des résultats autour de 13 %.
Les marchés attendent aussi la prise de fonction du nouveau président de la banque centrale américaine, Kevin Warsh, le 15 mai. Ses propos seront très surveillés alors qu’il est sous pression du président Trump pour baisser les taux malgré une inflation au-dessus de l’objectif et un marché de l’emploi qui tient bien malgré les destructions d’emploi dans les services informatiques liés à l’IA.
Quelles conséquences pour les portefeuilles gérés par SLGP ?

Nous avons pleinement profité du rebond car nous n’avions pas coupé nos positions en avril. Nous sommes cependant plus prudents pour la suite. En effet, les marchés ont fortement rebondi, certes face à des résultats solides, mais ils ignorent toujours la crise au Moyen-Orient qui n’est pourtant pas encore réglée et qui devrait avoir des impacts durables surtout en Europe.

Nous restons bien investis sur le secteur de la technologie aux États-Unis même si nous sommes sous-pondérés sur la zone. Nous continuons à augmenter notre exposition sur les marchés émergents ainsi que sur les fonds de performances absolues peu corrélés aux marchés. Notre architecture ouverte nous permet de sélectionner les meilleurs fonds de cette catégorie. Au niveau des obligations, nous restons prudents avec une duration courte et un portefeuille défensif. Les niveaux des déficits et de la dette des états militent pour cela. La France nous inquiète pour les deux années à venir car nous avons un déficit record de plus de 5,5 %, une dette d’environ 120 % du PIB, sans compter celle liée au financement des retraites des fonctionnaires qui ne sont pas financées. Nous entrerons bientôt en période électorale et ce sujet de l’endettement de la France et des réformes nécessaires n’étant pas du tout populaire, il risque de ne pas être adressé et débattu suffisamment. Le paysage politique qui est reflété à l’assemblée ne permet pas de grands changements. Ce sera un sujet à surveiller pour 2027.
Finalement, nous conservons nos positions sur les aurifères qui agissent comme une assurance de portefeuille en cas de forte volatilité sur les marchés.
A propos de Swiss Life Banque Privée (31/12/2025) : 
 
Swiss Life Banque Privée, filiale de Swiss Life, se positionne comme un acteur de référence de la Banque Privée en France. S’appuyant sur ses pôles d’expertises, l’ingénierie patrimoniale, les marchés de capitaux, les services bancaires et la gestion financière, elle accompagne ses clients investisseurs privés, chefs d’entreprise et institutionnels dans l’élaboration de solutions personnalisées.
Swiss Life Banque Privée gère plus de 8,9 milliards d’euros d’actifs et totalise une conservation de plus de 58 milliards d’euros d’actifs.

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