jeu. Avr 9th, 2026

Quelques heures avant l’expiration de l’ultimatum fixé par Donald Trump, les États-Unis et l’Iran se sont finalement accordés sur un cessez-le-feu de deux semaines, éloignant la menace d’une escalade militaire au Moyen-Orient. Les deux pays s’apprêtent à négocier ce qui pourrait ressembler à une paix plus durable. Alors que chacun revendique la « victoire », les prix du pétrole ont chuté et les marchés actions ont bondi.

Pour autant, à ce stade il est délicat d’imaginer la suite des négociations car, après des semaines de postures maximalistes de part et d’autre, les points de dissension restent importants. Par exemple, le président américain affirme que le cessez-le-feu est conditionné à l’ouverture « complète, immédiate et sûre » du détroit d’Ormuz quand les responsables iraniens estiment qu’un passage sûr à travers le détroit est « possible », sous réserve de coordination avec leurs forces armées. De plus, l’Iran serait en train de finaliser un péage conjoint avec Oman pour s’assurer de contrôler le trafic dans cette voie maritime stratégique.

On peut également citer le cas du Liban, où Israël maintient son offensive contre le Hezbollah. D’après la porte-parole de la Maison Blanche, le Liban ne serait pas concerné par le cessez-le-feu. En face, l’Iran bloque toujours le détroit d’Ormuz et menace de se retirer de l’accord avec les États-Unis si Israël continue d’attaquer le Liban.

L’exemple vaut aussi pour l’uranium enrichi de l’Iran. Déterminé à anéantir l’expertise nucléaire iranienne, Washington a annoncé que les stocks concernés lui seront remis en échange d’une levée partielle des sanctions, alors que Téhéran, dans son plan en 10 points, défend précisément le maintien de sa politique d’enrichissement. Dans l’ensemble, ces différences d’interprétation ou le manque de confiance réciproque peuvent encore faire dérailler le processus de négociation.

Mais compte tenu des coûts économiques, structurels et logistiques engendrés par six semaines de conflit, aucune des deux parties n’a véritablement intérêt à reprendre le combat. Le cessez-le-feu devrait se maintenir, en tout cas à court terme. Si la trêve tient, les dégâts occasionnés jusque là resteraient gérables en ce qui concerne la croissance et l’inflation.

Sur le plan monétaire, les banques centrales pourraient chercher à reprendre leurs politiques d’avant conflit, tout en restant attentives à l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur l’inflation à court et moyen terme. Fin mars, l’OCDE a estimé que l’inflation atteindrait les 4,2 % cette année outre-Atlantique. Les États-Unis obtiendraient ainsi le taux le plus élevé du G7. Or une inflation qui s’inscrit dans le temps entraîne le plus souvent des taux d’intérêts plus élevés.

Nommé par Donald Trump pour assouplir la politique monétaire de la Fed, Kevin Warsh pourrait donc avoir des difficultés à baisser les taux pour satisfaire le président américain. D’autant que son arrivée à la tête de l’institution pourrait également être retardée par la procédure judiciaire lancée à l’encontre de son prédecesseur, Jerome Powell. Si les banquiers centraux américains penchaient pour une baisse d’un quart de point cette année, c’était avant l’enlisement du conflit avec l’Iran et l’impact à la hausse sur les prix de l’énergie. Aujourd’hui, les marchés se montrent plus pessimistes : d’après l’outil FedWatch, la probabilité d’un statu quo jusqu’à la fin de l’année est actuellement de 83 %… à l’opposé des demandes formulées par la Maison Blanche.

Grégoire KOUNOWSKI

Investment Advisor chez Norman K

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