mar. Mar 24th, 2026

OMNEGY, vous propose son analyse des fluctuations du marché de l’énergie­. Cette semaine, l’escalade du conflit au Moyen-Orient et la destruction d’actifs énergétiques clés pour l’approvisionnement mondial continuent de propulser les prix de l’énergie fossile vers le haut. Le prix de l’électricité, quant à lui, parvient à résister à ces fortes hausses pour le moment.

Macroéconomie & Géopolitique

Donald Trump a annoncé samedi 21 mars, via un tweet, qu’il donnait deux jours à l’Iran pour ouvrir à nouveau le détroit d’Ormuz ou sinon le pays devrait subir la destruction de l’ensemble de ses centrales électriques. Les Gardiens de la Révolution ont répondu à ces menaces par un discours au ton similaire, déclarant qu’ils cibleraient des infrastructures énergétiques, numériques et en désalinisation d’eau.

Les bourses mondiales sont à nouveau dans le rouge vif ce matin, en raison de l’escalade du conflit, qui a déjà vu le Qatar, grande puissance énergétique régionale, perdre 17% de ses capacités d’exportation de GNL pour plusieurs années. Cet ultimatum imposé par Donald Trump fait encore monter d’un cran une escalade du conflit et une situation hors de contrôle. Les bourses asiatiques sont en baisse de près de 3,5 % ce matin, et en Europe d’environ 2 %. Elles ont chuté de plus de 10% depuis le début du conflit, et ne pourront qu’aller en ce sens à mesure que le conflit perdure. Juste avant l’annonce de son ultimatum, Trump avait pourtant annoncé que les objectifs militaires des États-Unis étaient quasiment atteints et devraient se réduire. Il est possible que le tir de missile balistique de l’Iran, réalisé dans la journée du samedi sur la base anglo-américaine, Diego Garcia, située dans l’océan Indien et à plus de 4 000 km de l’Iran, a pu provoquer la colère de Donald Trump et l’annonce de cet ultimatum sur le régime des Mollahs dans la foulée. Toutes ces annonces contribuent en tout cas à créer de l’incertitude et faire remonter les prix de l’énergie.

Selon le Fonds Monétaire International, pour chaque hausse de 10 % du prix du pétrole, l’inflation augmente de 0,4%. La valeur de l’or noir a déjà progressé de plus de 60 % depuis le début de ce conflit (= +2,4 % d’inflation).

 

Gaz naturel: +24,7% sur les prix pour 2027 et   +19,3 % pour les prix d’avril 2026

Le prix du gaz explose en raison des dommages très importants qu’a subi l’usine de liquéfaction de Ras Laffan, au Qatar.

Deux trains de liquéfaction ont été très fortement endommagés, et représentent 17 % des capacités d’exportation de GNL du pays, soit 18,2 milliards de m3 de gaz. Selon la firme QatarEnergy, ils mettront de 3 à 5 à être réparés et de nouveau opérationnels.

De ce fait, les exportations de GNL du pays chuteraient au plus bas depuis 2009, rendant cette situation très préoccupante pour les prix à long terme.

Selon l’entreprise Kpler, l’offre mondiale de GNL devrait être réduite de 6 % cette année en raison du conflit, voire plus si le détroit d’Ormuz reste clos.

Ce conflit est en train de bouleverser le marché du gaz naturel en profondeur, et cela pour plusieurs années, impliquant une inflation durable sur les prix de l’énergie.

Sur les fondamentaux européens, les flux norvégiens demeurent inchangés, à 2,8 TWh/jour, les flux de GNL se maintiennent à 4 TWh/jour. Les stocks de gaz en Europe sont remplis à 28,55 % et seront sollicités cette semaine, en raison de températures inférieures à la normale à compter du 25 mars (0 à 4 degrés sous les niveaux habituels). La consommation en France, qui évolue à 1 TWh/jour, devrait remonter à 1,4-1,5 TWh/jour dans ces conditions.

 

Électricité : +2,8 % sur les prix pour 2027 et   +7,7 % pour les prix d’avril 2026

Le prix de l’électricité est remonté lui aussi la semaine passée, mais d’une manière bien moins spectaculaire que pour le gaz naturel.

A court terme, la valeur de l’électron a augmenté de 7,7 %, principalement en raison de la hausse éclair du gaz naturel, mais aussi du charbon, ainsi que du sursaut vendredi 20 mars du prix du CO2. Également, les températures vont passer en dessous des normales de saison, à compter d’après-demain, devant augmenter la demande. La production éolienne est demeurée faible dernièrement, mais augmentera progressivement à mesure que les températures diminuent (environ 50 GW attendus en Allemagne au 25 mars). La disponibilité nucléaire en France se situe à 47,2 GW, pour une production à 44,2 GW et reste stable.

A plus long terme, les prix remontent légèrement en 2027, et un peu plus fortement en 2028, mais ceux-ci restent contenus aux alentours de 55 €/MWh. La forte hausse des prix du gaz pour ces mêmes années a nécessairement pesé sur le prix de l’électricité bien que celui-ci résiste de façon admirable aux hausses à deux chiffres sur le gaz naturel. La production d’électricité fossile en France n’a représenté que 3 % de la production électrique du pays depuis le début du conflit en Iran, contre 43,2 % en Allemagne. C’est également la raison pour laquelle l’écart de prix sur 2027 entre l’Allemagne et la France est passé de 29,2 €/MWh avant le début du conflit (27 février 2026) à 44 €/MWh au 23 mars, le gaz naturel et le charbon pesant lourd dans la production de ce pays.

 

Pétrole : +7,36 % sur le prix du pétrole brut

Le prix du pétrole approche doucement des 100 €/baril et cette tendance ne devrait pas s’estomper à mesure que les tensions au Moyen-Orient demeurent et s’amplifient. La semaine passée, les frappes se sont poursuivies de part et d’autre, ciblant toujours des infrastructures énergétiques dans la région pour l’Iran, et des sites stratégiques iraniens pour Israël et les États-Unis. Ces derniers ont d’ailleurs visé un site nucléaire iranien, à Natanz.

Le prix du pétrole est en hausse de 1,5 % ce matin, en raison de l’ultimatum imposé par Donald Trump à l’Iran le samedi 21 mars. Le président américain a indiqué qu’il détruirait l’ensemble des centrales électriques du pays si le détroit d’Ormuz n’était pas de nouveau praticable dans les deux jours. En réponse, les Gardiens de la Révolution ont prévenu qu’ils viseraient des infrastructures énergétiques, des centres de données et des usines de désalinisation d’eau, absolument cruciales dans cette région aride. Dans le même temps, Trump a accordé une dérogation de 30 jours sur les achats de pétrole iranien déjà en mer (= 140 millions de barils).

Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, juge cette crise bien plus sévère que les précédents chocs pétroliers et la guerre en Ukraine combinés.

Les fonds spéculatifs de type hedge fund se sont positionnés à la hausse sur le prix du pétrole, qui devrait, selon eux, demeurer élevé sur l’ensemble de l’année 2026 et dont les effets se feront encore ressentir en 2027 et 2028.

 

Co2: -2,17 % sur le prix des quotas pour décembre 2026

Bien que le prix du CO₂ ait baissé sur la semaine, il a fortement rebondi vendredi, passant de 63,67 €/tonne à 67,68 €/tonne. La situation au Moyen-Orient n’a rien à voir avec ce mouvement, il faut se tourner ici du côté de la Commission européenne. Celle-ci a réaffirmé son soutien pour le mécanisme en indiquant qu’il allait conserver un rôle central pour réduire les émissions de CO2 du continent. Dans les prochaines semaines, des clarifications seront apportées sur l’évolution du fonctionnement des quotas (quotas gratuits, réserve de stabilité du marché, …).

 

Charbon: +1,99 % sur la tonne de charbon

Le prix du charbon a augmenté de 24% depuis le début du conflit en Iran dans un contexte de flambée des prix du gaz naturel.

Du côté de la demande, la production d’électricité à partir de charbon en Allemagne a baissé de 15,6 % au cours des sept jours précédant mercredi et était inférieure de 21,1 % par rapport à la même période l’année dernière. Ce combustible pourra toutefois servir de support temporaire pour éviter de consommer trop de gaz en 2026.

 

Prix du gaz dans le monde ­

Le prix du gaz en Asie a bondi de plus de 17 % la semaine passée, à 64 €/MWh et de 19,3 % en France, à 59 €/MWh. Cette forte remontée des prix est imputable aux attaques iraniennes qui ont touché les infrastructures de liquéfaction de GNL du Qatar, mettant hors service 17 % de la capacité de production du pays, pour 3 à 5 ans.

 

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