mar. Mar 24th, 2026

Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro

La fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz agit comme un véritable choc systémique pour le marché mondial des engrais. En effet, ce corridor stratégique concentre près de 30 % des flux mondiaux d’urée et 20 % de l’ammoniac, deux intrants essentiels à la production agricole . Sa paralysie entraîne mécaniquement une contraction de l’offre disponible sur les marchés internationaux.

Au cœur de ce marché se trouvent précisément ces deux produits clés. L’ammoniac constitue la brique de base de tous les engrais azotés. Il est utilisé directement dans certaines pratiques agricoles, mais sert surtout à produire l’urée, le nitrate d’ammonium ou encore les solutions azotées. L’urée, quant à elle, est l’engrais le plus utilisé au monde, avec une concentration d’environ 46 % d’azote, ce qui en fait un levier majeur d’amélioration des rendements agricoles. Autrement dit, toute perturbation de l’ammoniac se répercute immédiatement sur l’ensemble de la chaîne, et donc sur les prix de l’urée.

Le premier canal de transmission est donc physique. Une part significative des exportations du Moyen-Orient, notamment d’Iran, du Qatar ou d’Arabie saoudite, se retrouve bloquée ou retardée, créant un déséquilibre immédiat entre offre et demande. Cette tension se traduit déjà par une hausse rapide des prix, les prix de l’urée étant passés de 550 à 650 dollars la tonne en quelques jours . Dans un marché déjà fragilisé par les restrictions russes et les politiques commerciales, ce choc d’offre agit comme un catalyseur.

Mais l’impact le plus structurant reste énergétique. Le détroit d’Ormuz est également un point de passage clé pour le pétrole et le gaz, avec respectivement environ 20 % des flux mondiaux . Or, le gaz naturel représente jusqu’à 60–80 % du coût de production des engrais azotés . La flambée des prix du gaz (+80 % en Europe depuis le début du conflit) renchérit mécaniquement les coûts de production et réduit les marges des producteurs les plus exposés.

Enfin, ce choc sur les engrais pose un risque plus large pour l’économie réelle. En renchérissant les intrants agricoles, il menace les marges des agriculteurs et pourrait peser sur les rendements à moyen terme. À terme, c’est l’ensemble de la chaîne alimentaire qui pourrait subir un nouvel épisode inflationniste.

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