Ça risque d’être un nouveau coup dur pour l’économie mondiale, l’inflation et les banques centrales. Le phénomène climatique El Niño revient, et il pourrait être dévastateur. Le Super El Niño de 1877 avait provoqué des sécheresses simultanées en Inde, en Chine, au Brésil et en Afrique de l’Est, provoquant une famine qui avait duré trois ans.
Selon la dernière mise à jour de l’agence fédérale américaine chargée de l’étude des océans et de l’atmosphère, il y a désormais deux chances sur trois que l’épisode actuel atteigne une intensité forte, voire très forte, d’ici l’automne. Les modèles européens sont encore plus alarmistes. Pour être qualifié de « Super El Niño », les températures de surface du Pacifique doivent dépasser de plus de 2°C les normales saisonnières. Malheureusement, la trajectoire actuelle pointe précisément vers ce seuil.
Ce qui rend la situation de 2026 potentiellement différente des précédents Super El Niño, c’est la convergence de deux chocs d’offre indépendants au cours du même cycle agricole.
D’un côté, la guerre avec l’Iran a perturbé environ un tiers du commerce maritime mondial d’engrais transitant par le détroit d’Ormuz à un moment crucial. Mi-mars, l’approvisionnement américain en engrais n’était qu’à 75% de la normale, au moment même où la Corn Belt en avait le plus besoin. Les prix des engrais ont atteint leur plus haut niveau depuis 2022. Cette pénurie est déjà intégrée dans la saison agricole 2026.
De l’autre côté, les effets d’El Niño sur les rendements agricoles se manifestent généralement avec un décalage de six à douze mois. L’Inde anticipe des moussons inférieures à la normale pour la première fois depuis trois ans. L’Indonésie et la Malaisie, qui représentent près de 90% de la production mondiale d’huile de palme, voient traditionnellement leur production reculer lors des épisodes El Niño, avec un impact maximal entre six et vingt-quatre mois plus tard. Historiquement, chaque fort épisode El Niño des 55 dernières années a également pesé sur la production mondiale de cacao.
Autrement dit, la pénurie d’engrais fragilise déjà les cultures que le phénomène El Niño risque ensuite de mettre sous pression. Et le choc sur les rendements pourrait culminer en 2027 sur des terres déjà sous-fertilisées en 2026. Deux chocs distincts, mais avec des effets retardés très similaires, convergeant vers la même fenêtre de récolte.
À la clé, un regain de l’inflation alimentaire qui est déjà en train de se produire. Par exemple, le prix du riz blanc thaïlandais 5%, qui est considéré comme étant de très bonne qualité, se vend autour de 450 dollars la tonne – soit un point haut depuis 2025. Et ce n’est certainement qu’un début ! Ça va être un casse-tête pour de nombreuses banques centrales.
À surveiller
C’est le thème d’investissement qui monte : la longévité. Il est lié au vieillissement démographique, à une différence près : l’idée n’est pas simplement de vivre plus longtemps, mais surtout de vieillir dans un meilleur état physique, cognitif et psychologique.
Attention toutefois à ne pas confondre cette tendance avec les discours sur la longévité extrême – vivre jusqu’à 150 ans grâce aux avancées de l’IA, comme l’affirme par exemple l’entrepreneur Laurent Alexandre – ou avec le transhumanisme. On reste ici dans des applications concrètes, déjà commercialisées et mises en pratique.
Des cliniques spécialisées dans la longévité apparaissent un peu partout aux États-Unis et au Moyen-Orient. Elles proposent notamment des tests destinés à estimer l’« âge biologique » – un indicateur encore imparfait censé mesurer l’état réel de l’organisme au-delà de l’âge civil – ainsi que des thérapies IV (perfusions intraveineuses de vitamines ou nutriments), de l’oxygénothérapie hyperbare afin que le sang transporte beaucoup plus d’oxygène vers les tissus, des traitements régénératifs utilisant les propres cellules ou le plasma sanguin du patient, des protocoles de peptides, ou encore un suivi continu des biomarqueurs avec des programmes de supplémentation personnalisés.
Certaines de ces approches sont bien établies médicalement. D’autres restent plus expérimentales et font encore débat dans la communauté scientifique. Mais la dynamique de marché, elle, est bien réelle.
L’Europe n’échappe pas à cette tendance. Dans l’immobilier haut de gamme, il ne suffit plus d’avoir un terrain de tennis et une piscine. Un projet au Portugal prévoit ainsi de développer l’un des premiers complexes résidentiels européens intégrant directement sur site une clinique spécialisée dans la longévité et la médecine préventive.
Est-ce que ça vous tente ?
L’avez-vous lu ?
Conséquence inattendue de la guerre en Iran : Calbee, la marque japonaise iconique de chips connue notamment pour ses saveurs algue nori ou beurre-soja, va passer à des emballages en noir et blanc en raison d’une pénurie de colorants dérivés du pétrole.
Source : Nikkei, 1er juin 2026
