Le Nasdaq traverse depuis un mois une phase de turbulences. Plusieurs facteurs expliquent ces remous : les tensions géopolitiques, l’arrivée du nouveau président de la Fed, les chiffres de l’emploi et de l’inflation aux États-Unis, l’introduction en bourse de SpaceX qui a absorbé une partie de la liquidité disponible, la correction du Kospi sud-coréen, ainsi que les interrogations sur l’ampleur des investissements à venir dans l’intelligence artificielle.
Ces mouvements ont été amplifiés par une activité record des investisseurs particuliers, notamment sur des stratégies spéculatives de très court terme. Beaucoup se sont tournés vers les options 0DTE (« Zero Days To Expiration ») – des produits qui expirent le jour même de leur négociation et qui offrent souvent un effet de levier important.
Cette phase de consolidation, à l’approche de la période estivale, était à la fois attendue et nécessaire. Elle ne remet pas en cause, selon nous, les perspectives favorables des actions technologiques. La liquidité demeure abondante, ce qui constitue un puissant soutien pour les actifs risqués.
Le relèvement des taux directeurs par certaines banques centrales ne change pas la donne non plus. Il s’agit généralement d’un ajustement fin destiné à limiter des tensions inflationnistes temporaires, et non d’un nouveau cycle de resserrement monétaire comparable à celui engagé après 2022.
Prenons la BCE. Le renchérissement du coût de l’argent devrait rester limité. Une nouvelle hausse des taux en septembre demeure envisageable, ce qui porterait le taux de dépôt à 2,50%. En revanche, un troisième relèvement apparaît aujourd’hui peu probable.
Ce scénario correspond globalement aux anticipations du marché. Une lecture rapide de la courbe €STR OIS – le marché des swaps indexés sur l’€STR, principal taux monétaire de référence de la zone euro – montre que les taux à un an, autour de 2,32%, et à deux ans, autour de 2,51%, sont compatibles avec l’idée d’un pic des taux à court terme suivi d’une phase de stabilisation. Les contrats OIS reflétant directement les anticipations des investisseurs concernant l’évolution future des taux de la BCE, ils constituent l’un des meilleurs baromètres des attentes de marché.
Autrement dit, les investisseurs anticipent aujourd’hui des taux directeurs évoluant dans une fourchette proche de 2,3% à 2,5% au cours des prochaines années plutôt qu’un nouveau cycle de hausse. Ces anticipations restent naturellement susceptibles d’évoluer. Si la croissance de la zone euro devait ralentir plus fortement à partir de 2027, un retour progressif aux baisses de taux deviendrait alors probable. Ce serait une excellente nouvelle pour les actions.
À surveiller
À la suite de l’excellent rapport sur l’emploi américain de mai, le marché monétaire n’exclut plus une hausse des taux de la Fed dès cette semaine. Il y a eu 172 000 créations d’emplois en mai, contre un consensus de 88 000. L’économie américaine est en parfaite santé… en apparence, du moins.
La réalité est plus complexe. Les nouveaux emplois proviennent principalement de trois secteurs depuis décembre 2022 : les loisirs et l’hôtellerie-restauration, le secteur public, ainsi que l’éducation privée et les services de santé. Tous les autres secteurs, comme la technologie, enregistrent des pertes nettes.
En outre, on observe un grand écart entre les statistiques officielles et celles fournies par le secteur privé, ce qui interpelle. Par exemple, les données quotidiennes d’Indeed montrent une diminution progressive du nombre d’offres d’emploi. Plus inquiétant encore, les hausses de salaire semblent marquer le pas, ce qui risque de fragiliser les ménages qui ne bénéficient pas de l’effet de richesse engendré par la flambée des marchés actions