dim. Juil 26th, 2026

Depuis près de deux ans, les marchés financiers associent principalement l’intelligence artificielle aux semi-conducteurs, au cloud et aux grandes plateformes technologiques. Pourtant, un changement plus discret est en train de s’opérer. La question centrale n’est plus seulement celle de savoir quelles entreprises développeront les meilleurs modèles d’IA, mais quelles entreprises disposeront des infrastructures nécessaires pour les faire fonctionner à grande échelle. À mesure que les usages se démocratisent, les besoins en puissance de calcul continuent d’augmenter à un rythme spectaculaire. Les data centers constituent désormais l’un des principaux moteurs de croissance de la consommation électrique mondiale. Selon les projections de l’Agence Internationale de l’Énergie, la demande d’électricité des data centers pourrait plus que doubler à l’horizon 2030 sous l’effet du déploiement massif de l’IA.

Cette évolution modifie progressivement la nature même du cycle d’investissement lié à l’IA. Alors que les investisseurs se concentraient jusqu’à présent sur les fabricants de puces et les éditeurs de logiciels, l’attention se porte désormais vers les infrastructures physiques : la production et la distribution d’électricité, les réseaux de transport, les équipements industriels, les systèmes de refroidissement, le foncier stratégique et construction de data centers en tant que telle. Les grands groupes technologiques en ont parfaitement conscience. Après avoir consacré l’essentiel de leurs investissements aux capacités de calcul, ils cherchent désormais à sécuriser leur approvisionnement énergétique sur plusieurs décennies. Les annonces de contrats d’approvisionnement nucléaire, de partenariats avec les producteurs d’électricité et de financements d’infrastructures énergétiques se multiplient. L’énergie devient progressivement un facteur de compétitivité aussi important que la puissance informatique elle-même.

Cette tendance pourrait avoir des implications importantes pour les marchés actions. Depuis 2024, la performance boursière a été largement concentrée sur un petit nombre d’acteurs technologiques. Or, la prochaine phase du cycle pourrait s’élargir à des secteurs beaucoup plus traditionnels. Certains industriels, équipementiers électriques, sociétés d’ingénierie, producteurs d’énergie ou exploitants d’infrastructures pourraient bénéficier indirectement des dépenses massives engagées autour de l’IA. L’évolution est d’autant plus intéressante que ces entreprises affichent souvent des valorisations plus raisonnables que celles observées dans certains segments de la technologie. Les marchés commencent à comprendre que l’IA ne constitue pas uniquement une révolution logicielle mais aussi un gigantesque programme d’investissements industriels. Comme lors des grandes phases d’électrification ou de développement d’Internet, les bénéficiaires finaux pourraient être plus nombreux que les seuls concepteurs de la technologie. Ainsi, si les valorisations de certaines entreprises technologiques demeurent très exigeantes et continuent d’intégrer des hypothèses de croissance particulièrement ambitieuses, à l’inverse, plusieurs secteurs directement exposés à la construction de cette nouvelle économie numérique apparaissent encore relativement délaissés par les investisseurs.

Dans ce contexte, une approche équilibrée semble pertinente. Conserver une exposition aux leaders technologiques demeure justifié compte tenu de leur position dominante et de leur capacité d’investissement et d’innovation. Toutefois, la diversification vers les infrastructures, l’énergie, certains segments industriels et les matières premières stratégiques permet de participer à un thème structurel de long terme tout en réduisant la dépendance aux seules valorisations du secteur technologique. Plus largement, 2026 pourrait marquer une transition importante : le marché passe progressivement d’une logique de spéculation sur les promesses de l’IA à une logique d’analyse des besoins concrets qu’elle génère. Dans cette nouvelle phase, la question ne sera peut-être plus seulement de savoir qui développera la meilleure IA, mais qui fournira l’électricité, les réseaux et les infrastructures permettant à l’ensemble de l’écosystème de fonctionner.

Grégoire KOUNOWSKI

Investment Advisor chez Norman K

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