La guerre en Iran, les cours du pétrole et l’inflation n’expliquent pas tout concernant la trajectoire des taux de la France ces derniers mois.
Début mars, au début de l’intervention militaire en Iran, l’ensemble des taux souverains des pays de la zone euro se redressent face à l’envolée des cours du pétrole et les risques inflationnistes associés. Aucun pays n’est épargné par ce mouvement de rebond des taux souverains, pas même l’Allemagne.
Il y a eu ensuite une petite détente des taux liée à la détente de la situation militaire au Moyen-Orient avec l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu à la fin du second trimestre. Puis les taux en Europe se sont de nouveau tendus en juillet avec la reprise des hostilités et le rebond des cours du pétrole. On note même que le mouvement de rebond des taux s’était fait quelques jours avant la reprise des frappes américaines en Iran.
Mais dans ce mouvement général de rebond, les taux de la France sont particulièrement mal positionnés. Le taux de référence à 10 ans (OAT) est même en queue de peloton des principaux pays européens : il évolue à 3.93% ce matin, au-dessus du taux de l’Italie (3.91%), de la Grèce (3.81%), de l’Espagne (3.60%), du Portugal (3.49%) et évidemment de l’Allemagne avec un rendement du Bund à 3.13%.
Il y a deux explications probables à cette mauvaise posture des taux français : les craintes qui se maintiennent concernant la trajectoire des déficits…et le retour des incertitudes politiques avec l’élection présidentielle française en ligne de mire.
Signe de cette méfiance qui s’accroît sur les marchés par rapport à la France : l’écart entre le rendement de l’OAT (France) et celui du Bund (Allemagne) qui s’accroît. Ce « spread » est remonté à 83 points de base en juillet alors qu’il évoluait à environ 60 points de base début juin. Cette zone entre 80 et 90 points de base pour le spread est celle qui avait été atteinte dans les mois suivant la dissolution de l’Assemble nationale en 2024…
Un épisode de stress politique qui s’était ressenti sur les marchés financiers, et pas seulement les taux mais aussi les actions, le CAC40 sous-performant alors les autres indices boursiers européens pendant plusieurs mois.
Ce nouvel écartement des taux entre la France et l’Allemagne depuis quelques semaines pourrait freiner l’appétit des investisseurs étrangers pour les actions françaises s’il se prolongeait.
A noter également que ce matin, le taux à 30 ans de la France a atteint son plus haut niveau depuis octobre 2008 à 4.72%…
Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France
