jeu. Juil 30th, 2026

Par Édouard Fornas, cofondateur de Nutri&Co

Le problème n’est plus le produit. C’est le discours qui l’entoure.

Les compléments alimentaires se sont durablement installés dans le quotidien des Français. L’Anses observe que leur consommation progresse depuis plusieurs années, signe d’une évolution profonde du rapport à la santé. Les Français ne cherchent plus seulement à soigner la maladie lorsqu’elle apparaît ; ils souhaitent aussi préserver leur bien-être, mieux comprendre leur organisme et agir davantage en prévention.

Cette évolution est une bonne nouvelle. Elle témoigne d’un intérêt croissant pour les questions de santé et d’une volonté de faire des choix plus éclairés. Mais elle a aussi profondément transformé le marché.

Les réseaux sociaux, les plateformes d’e-commerce et l’influence ont accéléré la diffusion des produits… autant que celle des discours qui les accompagnent. Chaque semaine semble apporter son nouvel ingrédient « révolutionnaire », sa nouvelle méthode ou sa promesse de résultats rapides face à la fatigue, au stress, au vieillissement, à la digestion ou à la perte de poids.

Le véritable Far West des compléments alimentaires n’est pas celui des ingrédients. C’est celui des promesses.

Le problème n’est pas que le marché se développe. Le problème est que certaines promesses progressent beaucoup plus vite que les connaissances scientifiques censées les justifier. Lorsque le marketing prend le pas sur la preuve scientifique, ce n’est plus seulement la crédibilité de quelques acteurs qui est en jeu. C’est la confiance des consommateurs envers l’ensemble d’une filière qui se fragilise.

La transparence ne consiste pas à tout dire. Elle consiste à dire vrai.

Face à cette multiplication des promesses, la tentation est souvent de réclamer davantage de réglementation. La question est légitime, mais elle ne suffira pas à elle seule à restaurer la confiance.

Le premier enjeu est celui de la transparence.

La transparence ne consiste pas à afficher une longue liste d’ingrédients sur un emballage. Elle suppose d’expliquer l’origine des matières premières, la forme retenue, les dosages utilisés, les critères qui ont guidé leur sélection ainsi que le niveau de preuve scientifique disponible. Elle implique également de reconnaître lorsqu’une connaissance reste incomplète ou lorsqu’un consensus scientifique n’existe pas encore.

En matière de santé, expliquer ce que l’on sait est indispensable. Expliquer ce que l’on ne sait pas encore l’est tout autant.

Car la confiance ne se construit jamais avec des certitudes exagérées. Elle se construit avec de l’honnêteté.

La preuve scientifique doit redevenir la référence.

Les compléments alimentaires ont un rôle reconnu dans certaines situations. Ils peuvent répondre à des besoins spécifiques et accompagner certaines populations lorsqu’ils sont utilisés à bon escient. En revanche, ils ne remplaceront jamais une alimentation équilibrée, une activité physique régulière, un sommeil de qualité ou un suivi médical lorsque celui-ci est nécessaire.

Les présenter comme des solutions miracles est une erreur. À court terme, ces discours peuvent séduire. À long terme, ils entretiennent une défiance qui pénalise l’ensemble du secteur, y compris les entreprises qui investissent réellement dans la qualité, la traçabilité et la recherche.

Dans un environnement où les tendances se succèdent au rythme des réseaux sociaux, la preuve scientifique ne peut plus être un simple argument marketing. Elle doit redevenir le point de départ de toute communication.

La véritable innovation n’est pas de découvrir chaque mois un nouvel ingrédient présenté comme exceptionnel. Elle consiste à produire des preuves plus solides, à mieux les expliquer et à accepter que certaines hypothèses demandent encore du temps avant de devenir des certitudes.

La prochaine révolution sera celle de la confiance.

Le secteur des compléments alimentaires est arrivé à un tournant.

La transparence ne peut plus être un argument marketing. Elle doit devenir la norme. Les preuves scientifiques ne peuvent plus être un supplément de crédibilité ; elles doivent être le point de départ de toute promesse adressée aux consommateurs.

La prochaine révolution des compléments alimentaires ne viendra probablement pas d’un nouvel ingrédient.

Elle viendra du jour où la preuve comptera enfin davantage que la promesse.

Car en matière de santé, la confiance ne se décrète pas. Elle se mérite.

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