Le boom actuel des investissements liés à l’IA est porté par une demande stratégique de capacités de calcul et semble moins sensible aux coûts d’emprunt que les investissements traditionnels. La vigueur des marchés actions et les effets de richesse qui en découlent atténuent également l’impact de la hausse des rendements réels sur les conditions financières. Par conséquent, le niveau des taux directeurs nécessaire pour freiner l’activité économique et faire baisser l’inflation a probablement augmenté, rendant la politique monétaire actuelle moins restrictive que ne le suggère le niveau affiché des taux.
Dans le même temps, les multiples chocs d’offre, comme ceux qui touchent actuellement le secteur de l’énergie, ont maintenu l’inflation au-dessus des objectifs de la plupart des banques centrales au cours des cinq dernières années et risquent d’entraîner une hausse des anticipations d’inflation. Alors que l’activité économique fait preuve de résilience, les banques centrales subissent une pression croissante pour resserrer davantage leur politique monétaire afin de rétablir la stabilité des prix dans un délai raisonnable. Les marchés financiers ont réagi en révisant à la hausse la trajectoire attendue des taux directeurs, accentuant encore la hausse des rendements obligataires dans les principales économies.
Nos prévisions actualisées tablent désormais sur un relèvement des taux directeurs d’ici 2027 à 5 % pour la Réserve fédérale, à 4,25 % pour la Banque d’Angleterre, à 3 % pour la BCE, à 2 % pour la Banque du Japon et à 0,5 % pour la Banque nationale suisse. Un resserrement supplémentaire est également probable dans plusieurs marchés émergents.
Pour les investisseurs obligataires, une grande partie de cet ajustement pourrait déjà être intégrée dans les valorisations. Des rendements de départ plus élevés ont nettement amélioré le rapport rendement-risque attendu, même si une volatilité accrue à court terme reste possible. Le relèvement de nos prévisions de taux directeurs et de rendements obligataires en dollars plaide pour un dollar plus fort qu’anticipé précédemment, tandis que les inquiétudes concernant la situation budgétaire de la France accentuent les pressions à court terme sur l’euro.
