Contexte de marché
Octobre démarre sous tension. Le 30 ans américain approche 5,60 %, le Brent s’installe à 100 $ et la tech fluctue au gré des annonces et des cyberattaques. Christopher maintient malgré tout le cap de septembre, qui consiste à investir dans ce qui est rare : tech, infrastructures de l’IA, énergie et réseaux. Côté produits, les quatre ETF actifs lancés le 1er juillet ont collecté 550 M€, et chacun bat son indice de plus de 100 pb. Un ETF marchés émergents sera lancé le 14 octobre.
Taux et politique monétaire
La remontée des taux longs n’inquiète pas outre mesure. Elle reflète d’abord la résilience américaine, dont les prévisions de croissance sont régulièrement révisées à la hausse. S’y ajoute un arbitrage structurel des investisseurs entre dette souveraine et dette des hyperscalers.
Elle tient aussi à des anticipations de durcissement jugées exagérées. Le consensus attend deux hausses de 25 pb de la Fed, en octobre et en décembre. Pictet n’en retient qu’une, en décembre, car la réunion d’octobre précède la publication de l’inflation de septembre. En 2027, les baisses de taux paraissent plus probables que les hausses, ce qui détendrait les taux longs. La liquidité reste abondante : 60 % des banques centrales mondiales maintiennent ou baissent leurs taux.
France et euro
La situation française est préoccupante, sans risque de crise financière. Les adjudications restent sursouscrites deux à trois fois, mais à 4,93 % sur le 10 ans et 5,40 % sur le 22 ans, pour refinancer une dette émise près de zéro. Le spread avec l’Allemagne atteint 146 pb et le CDS (Credit Default Swap) est au plus haut depuis 13 ans. La BCE ne devrait pas intervenir vite : elle avait attendu un spread de 250 pb pour l’Italie. Le scénario est donc celui d’une prime durablement élevée, alors que la France doit refinancer 350 Md€ en 2027, en pleine campagne présidentielle.
La principale révision du mois en découle. L’EUR/USD, longtemps vu dans un range, est désormais attendu à 1,10 d’ici la fin de l’année, contre 1,12-1,13 aujourd’hui. Le dollar est en effet le plus survendu depuis 10 ans.
Midterms américains : le coût de la vie au centre
Les démocrates sont favoris pour les deux chambres le 3 novembre. Nate Silver leur donne 65 % de chances de reprendre le Sénat, au point que Donald Trump a évoqué un « Trump dividend » de 5 000 $ par électeur. L’enjeu numéro un est le coût de la vie, symbolisé par le bœuf haché : +25 % depuis le retour de Trump et un record à 8,57 $ la livre. Les factures d’électricité liées aux data centers pèsent aussi. Le scrutin à suivre est celui du Michigan, entre deux candidats issus des ailes radicales (46,9 % contre 44,8 %).
Pour les marchés, l’impact devrait rester limité. Octobre est historiquement un bon mois en année de mi-mandat. Avec 281 décrets déjà signés, Trump gardera la main sur la guerre commerciale. Seul un shutdown nécessite le Congrès, et son effet boursier est historiquement faible. Les actions restent portées par d’excellents résultats et des anticipations réalistes, pour un PER du S&P 500 d’environ 23.
Marchés émergents
Les flux vers les émergents sont désormais structurels. Ces marchés offrent une exposition diversifiée à l’IA et à l’énergie, à l’image de KEPCO, l’électricien sud-coréen devenu un leader des réseaux et des câbles sous-marins.
Amérique latine : depuis janvier, le Brésil progresse de 26 % en euro et la Colombie de 45 %. Au Brésil, la présidentielle entre Lula et le fils Bolsonaro se jouera au second tour, le 25 octobre. Les flux restent pourtant entrants, et le pays est jugé plus attractif que le Mexique, avec une légère prudence à très court terme.
Asie : l’Asie du Sud-Est conjugue 4,6 % de croissance et un PER de 12,5. Le point d’entrée en Inde n’est pas idéal (roupie faible, sorties de capitaux), mais le marché reste à surveiller. Les bénéfices y sont meilleurs que prévu dans tous les secteurs, et la performance y est parmi les moins concentrées.
Thématiques sectorielles
La performance « ruisselle » au-delà de la tech, en particulier vers les biotechs, où le timing est jugé le plus favorable. Elles concentrent 70 % des nouvelles approbations FDA, et les grands laboratoires, exposés aux tombées de brevets d’ici 2028, les rachètent. Les fonds spéculatifs y détiennent leur plus forte position acheteuse depuis 5 ans. Les banques européennes restent porteuses (ROE, M&A en Italie), avec un bémol temporaire sur la France. En Chine, la prudence s’impose face à des valorisations excessives, sauf sur les banques et le luxe chinois.
Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM

