Les investissements dans l’IA face à une Fed plus restrictive
Les dépenses d’investissement consacrées à l’intelligence artificielle restent l’un des moteurs structurels les plus puissants des marchés. Anthropic a signé un accord de 10 milliards de dollars portant sur des services de calcul avec Volta Infra, tandis que Samsung a dévoilé sa technologie V-NAND V10 de nouvelle génération, qui augmente sensiblement la densité de stockage. Ces annonces confirment que les investissements dans les infrastructures liées à l’IA restent dans une phase d’expansion rapide.
Les investisseurs continuent ainsi d’accorder des valorisations élevées aux entreprises positionnées sur l’ensemble de la chaîne de valeur du calcul, du stockage et des semi-conducteurs. Ils semblent accepter des besoins en capitaux plus importants en contrepartie d’avantages concurrentiels de long terme.
Dans le même temps, plusieurs responsables de la Réserve fédérale américaine ont adopté un ton plus restrictif, estimant que le niveau actuel des taux d’intérêt pourrait encore être insuffisant pour contenir durablement l’inflation. Les marchés doivent donc désormais composer avec une coexistence entre investissements massifs dans l’IA et coût du capital durablement élevé.
À l’avenir, les investisseurs devraient accorder davantage d’importance à la capacité des entreprises à générer suffisamment de trésorerie et de bénéfices pour financer ces dépenses considérables, plutôt qu’à une simple poursuite de l’expansion des multiples de valorisation.
Du rapport de force à la négociation dans le détroit d’Ormuz
Une autre évolution majeure concerne les marchés de l’énergie. Les négociations autour du détroit d’Ormuz ont enregistré des avancées tangibles, tandis que les contours d’un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran commencent à se dessiner.
Les discussions se seraient même élargies à une possible participation européenne aux opérations de déminage ainsi qu’à la mise en place d’un cadre commun de sécurité maritime. Cette évolution suggère un déplacement progressif du rapport de force militaire vers des négociations portant sur la sécurité de la navigation et la gouvernance énergétique.
Si le trafic commercial dans le détroit devait revenir à la normale, même au prix de dépenses supplémentaires de sécurité et de maintenance, ces coûts resteraient très inférieurs aux conséquences économiques d’une perturbation prolongée des approvisionnements.
La prime de risque géopolitique intégrée aux prix de l’énergie pourrait donc continuer à se réduire. Parallèlement, le gouvernement américain envisage de prolonger certaines exemptions prévues par le Jones Act afin de contribuer, par des mesures administratives, à réduire les coûts énergétiques intérieurs.
Cette évolution montre que les prix de l’énergie ne constituent plus seulement une question économique : ils sont désormais directement liés aux équilibres politiques et à la stabilité des politiques publiques.
La politique de change devient un instrument stratégique
La politique monétaire et de change prend elle aussi une dimension de plus en plus stratégique.
Si la Banque du Japon s’est abstenue d’intervenir directement sur le marché des changes, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré publiquement que les États-Unis étaient prêts à prendre les mesures nécessaires pour soutenir le yen japonais.
Cette déclaration suggère que les taux de change deviennent progressivement un véritable instrument de politique économique, et ne sont plus entièrement laissés aux seules forces du marché.
Dans le même temps, les États-Unis continuent d’étudier un élargissement des droits de douane sur certains métaux importés. Cela confirme le maintien des politiques de protection des chaînes d’approvisionnement et laisse entrevoir la persistance de coûts de production élevés ainsi que de pressions inflationnistes à moyen terme.
Les avertissements de Michael Burry face aux records boursiers et à la remontée du VIX
Michael Burry a de nouveau averti les investisseurs d’un risque de correction brutale comparable, dans sa dynamique, au krach de 1987.
Son analyse repose toutefois principalement sur des risques structurels liés à un niveau d’endettement élevé et à une volatilité longtemps comprimée, plutôt que sur une dégradation fondamentale de l’économie.
Dans le même temps, les actions américaines ont continué d’inscrire de nouveaux sommets alors que l’indice VIX remontait également. Cette configuration montre que les investisseurs ne négligent pas les risques baissiers : ils utilisent simultanément des stratégies de couverture par options et de levier tout en continuant à soutenir les prix des actifs.
Une telle structure de marché laisse penser que, tant que les investissements dans l’IA, les bénéfices des entreprises et la crédibilité des politiques économiques restent solides, les marchés actions peuvent continuer à bénéficier d’un soutien important.
En revanche, une nouvelle accélération de l’inflation, un durcissement supplémentaire de la politique monétaire de la Réserve fédérale ou un échec des négociations autour du détroit d’Ormuz pourraient rapidement raviver la volatilité. Les valeurs technologiques fortement valorisées et les stratégies utilisant un fort effet de levier seraient alors parmi les premières exposées.
Trois signaux à surveiller
À court terme, les investisseurs devront suivre trois éléments majeurs : la conclusion éventuelle d’un accord formel sur le détroit d’Ormuz, les prochaines indications de la Réserve fédérale concernant l’évolution de sa politique monétaire et la poursuite, ou non, de l’accélération des investissements dans les infrastructures d’IA.
Ces trois facteurs devraient largement déterminer le nouvel équilibre entre le coût mondial du capital, les prix de l’énergie et les valorisations technologiques. Ils auront, par conséquent, une influence déterminante sur la valorisation des actifs risqués au cours des prochains mois.

