#L'Essentiel Macro
Lundi 02 novembre 2026
Les inquiétudes à propos de l’intelligence artificielle sont toujours présentes. L’angle d’attaque est, en revanche, différent cette fois-ci. Selon le cabinet de recherche Gartner, plus de 3 500 milliards de dollars de dépenses consacrées aux infrastructures d’IA pourraient être exposés à un risque de dépréciation d’ici fin 2030 si les fournisseurs d’IA maintiennent leur rythme actuel d’investissement.
Vrai ou faux ? On mélange ici plusieurs sujets.
Premièrement, le retour sur investissement de l’IA est lié au développement des agents IA. Leur déploiement au sein des entreprises prend du temps, car il nécessite de connecter les données et d’adapter les processus opérationnels.
Deuxièmement, le retour sur investissement dépend du coût de production des tokens. Et celui-ci varie considérablement selon que l’on utilise des modèles propriétaires de pointe, particulièrement coûteux, ou des modèles open source, qui peuvent être 20 à 30% moins chers. Il dépend également de l’architecture matérielle utilisée. Les coûts peuvent ainsi varier sensiblement selon que les centres de données utilisent des GPU Nvidia, des puces spécialisées comme les TPU de Google ou des processeurs optimisés pour l’inférence, c’est-à-dire l’exécution des modèles d’IA. Ces choix technologiques influencent directement les performances, la consommation énergétique et, par conséquent, le coût de production des tokens.
Il est donc parfaitement possible d’assister à une dépréciation massive des anciennes infrastructures, qui deviennent progressivement obsolètes, tandis que les investissements dans de nouveaux centres de données se poursuivent au même rythme.
C’est un peu ce qui se passe sur le marché des voitures électriques. En 2020, certains modèles se rechargeaient à une puissance de 100 kW avec une architecture de 400 volts. Aujourd’hui, certains véhicules peuvent atteindre une puissance de recharge de 350 kW grâce à une architecture de 800 volts. Pour simplifier, une tension électrique plus élevée permet de transmettre davantage de puissance sans augmenter proportionnellement l’intensité du courant, ce qui facilite une recharge beaucoup plus rapide.
La perte de valeur des véhicules de la génération 2020 sur le marché de l’occasion est considérable, mais cela n’empêche pas le marché des véhicules neufs de rester très dynamique.
Il ne faut donc pas paniquer. Mais, comme souvent lorsqu’il est question d’IA, les réactions émotionnelles prennent le pas sur l’analyse rationnelle.
À surveiller
Semaine intense avec la réunion de la Banque d’Angleterre (hausse du taux directeur de 25 points de base à 4%), l’estimation flash de l’inflation en zone euro en octobre, l’emploi américain en octobre, les élections de mi-mandat américaines et le vote du budget français le 3 novembre.
Mais ce qui nous intéresse, ce sont plutôt les signaux faibles qui risquent de provoquer à long terme des tensions économiques. Deux, en particulier, sont préoccupants.
Premièrement, les conditions de refinancement se durcissent en Europe. Les primes de risque atteignent désormais 117 points de base pour les obligations Investment Grade et 354 points de base pour le High Yield. Conséquence : le coût de la dette pèse davantage sur les marges. Les charges d’intérêt représentent déjà 1,85% du chiffre d’affaires des entreprises du STOXX 600 et réduisent leurs bénéfices de plus de 5%.
Et la situation pourrait encore se dégrader sous l’effet de trois facteurs :
- un pic d’inflation attendu au printemps prochain en zone euro,
- des taux souverains durablement élevés,
- des besoins de financement croissants liés à l’IA – autrement dit, davantage de projets à financer et une concurrence accrue pour attirer les capitaux.
Deuxièmement, l’énergie fait des siennes, en particulier le gaz naturel, dont nous sommes très dépendants. Sur le marché à terme, le TTF atteint désormais 100 €/MWh, en hausse de 39 % sur un mois. C’est un niveau inédit depuis fin 2022. C’est surtout près de neuf fois le prix de son équivalent américain, le Henry Hub.
En cause : les tensions au Moyen-Orient, l’arrivée de l’hiver, des stocks européens relativement bas (75% de remplissage contre 80% habituellement) et la concurrence avec l’Asie, qui oblige les importateurs européens à payer davantage pour attirer les cargaisons de gaz naturel liquéfié. C’est un nouveau choc pour la compétitivité des entreprises européennes. Un seul exemple : pour une entreprise industrielle consommant 100 000 MWh par an, le passage du TTF de 72 à 100 €/MWh en seulement un mois représente un surcoût potentiel de 2,8 millions d’euros sur un an, si les prix restent à ce niveau et en l’absence de couverture. C’est donc un risque direct pour les marges et la trésorerie.
L’avez-vous lu ?
A chaque crise ses opportunités, et le marché des semi-conducteurs en est certainement le meilleur exemple actuellement. Sous l’effet des ventes massives, l’indice sud-coréen KOSPI est tombé à une valorisation particulièrement attrayante. Son ratio cours sur bénéfices anticipés à 12 mois se situe à seulement 4, du jamais-vu depuis 2006.
C’est même deux fois moins que celui de l’Indonésie, dont le marché a pourtant récemment souffert du risque de déclassement par MSCI, en raison notamment de préoccupations concernant la transparence de l’actionnariat, le flottant réellement disponible et les risques de manipulation des cours.
ChristopherDembik Senior Investment Adviser