Par Lionel Paris, expert produits réseau
Pour NETGEAR
La 5G+ marque une nouvelle étape, avec la promesse d’une connexion plus rapide, plus fluide et entièrement indépendante de la 4G. Mais cette avancée technologique est-elle réellement une révolution ou juste une amélioration tardive de la 5G existante ?
Après des années d’attente et de promesses technologiques, la 5G+ est officiellement là. Orange, premier opérateur en France à exploiter pleinement la bande passante dédiée de la 5G Standalone (SA), marque un tournant décisif dans l’évolution des réseaux mobiles. Mais cette nouvelle génération de connectivité tient-elle réellement ses promesses ?
Une évolution nécessaire, mais tardive
Jusqu’ici, la 5G que nous connaissions (NSA – Non Standalone) n’était qu’une amélioration progressive de la 4G. Son principal défaut : elle s’appuyait encore largement sur les infrastructures 4G existantes, limitant ainsi ses bénéfices en matière de latence et de débits. Avec la 5G+, nous passons enfin à une architecture entièrement dédiée, ce qui ouvre la voie à des performances nettement supérieures.
Orange, après avoir testé son offre « 5G+ Home » en octobre 2024, et lancé un forfait mobile Pro en février 2025, généralise aujourd’hui son offre au grand public. Mais ce déploiement tardif soulève des questions : pourquoi avoir attendu si longtemps pour offrir aux consommateurs une véritable expérience 5G ?
Des performances qui séduisent, mais une couverture encore inégale
Les avantages de la 5G+ sont indéniables : une latence réduite, une capacité accrue dans les environnements très denses (stades, festivals, transports) et une gestion plus efficace des ressources grâce au découpage en tranches du réseau (network slicing). Cependant, le réseau est encore loin d’être universel. L’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) comptabilise, au 1er mars, environ 41 500 sites 5G/5G+, non loin des 61 500 sites 4G en place.
Un marché encore fragmenté
Orange fait le pari de la performance avec un déploiement massif en 3,5 GHz, là où Free privilégie la couverture avec une forte implantation en 700 MHz. De leur côté, SFR et Bouygues Telecom adoptent une approche plus mesurée, en équilibrant le déploiement entre 2,1 GHz et 3,5 GHz. Si Orange met en avant « le meilleur de son réseau mobile », l’écart entre les stratégies des opérateurs soulève une problématique majeure : les consommateurs sont-ils réellement gagnants dans cette bataille technologique ? Entre couverture et performance, le choix s’avère encore complexe pour l’utilisateur final.
Une adoption freinée par des contraintes matérielles
Autre écueil : la compatibilité des appareils. Contrairement aux précédentes évolutions du réseau mobile, la partie voix dela 5G+ repose sur un protocole exclusivement basé sur la VoIP (VoNR – Voice over New Radio), nécessitant des mises à jour logicielles et des certifications opérateurs. Résultat : peu de smartphones sont pleinement compatibles au lancement, et les utilisateurs d’iPhone devront attendre une future mise à jour iOS. Un frein non négligeable qui rappelle une réalité du secteur : une technologie n’est jamais adoptée immédiatement par le grand public, même lorsqu’elle est techniquement prête.
Une révolution sous conditions
La 5G+ marque une avancée majeure dans l’univers des télécommunications. Elle apporte enfin les performances que la 5G promettait depuis son introduction en 2020, sans surcoût supplémentaire. Toutefois, des défis subsistent : une couverture encore partielle, une adoption matérielle à géométrie variable, et des offres qui, bien que compétitives, restent disparates d’un opérateur à l’autre.
Alors, la 5G+ est-elle la vraie révolution attendue ? Oui, mais elle reste une révolution incomplète, qui nécessitera encore du temps pour s’imposer comme le standard incontournable du mobile.