lun. Nov 2nd, 2026

La crise énergétique se prolonge à l’entrée de l’hiver : les tensions autour de l’Iran sont encore montées sur la semaine, et l’Europe commence à puiser dans des stocks moins remplis que d’habitude. Le gaz français de décembre passe au-dessus de 100 €/MWh et l’électricité accélère, avec de nouveaux records sur les contrats de l’hiver :

Macroéconomie & Géopolitique :

Les tensions autour de l’Iran sont montées d’un cran sur la semaine. De nouveaux incidents ont touché des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, avec des bilans contestés entre Téhéran et Washington, et les Houthis ont revendiqué de nouvelles attaques contre des sites pétroliers et des aéroports saoudiens. Des médiateurs qataris sont retournés à Téhéran, et les discussions se poursuivaient à la clôture de vendredi.

Le 28 octobre, le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, a déclaré que l’Europe faisait face à « une nouvelle crise énergétique » et que l’hiver serait difficile pour les ménages comme pour l’économie, même si Bruxelles n’anticipe pas de pénurie physique de gaz. Les stocks européens abordent l’hiver remplis à environ 75%, contre un objectif habituel de 90% au 1er novembre.

Le 29 octobre, la BCE a laissé ses taux inchangés (2,50% pour le taux de dépôt), avec une inflation remontée à 3,8% en zone euro. Christine Lagarde a annoncé le même jour qu’elle quitterait la présidence de la BCE le 7 février 2027. L’euro est resté stable, à 1,120 $ : les variations en euros des énergies cotées en dollars sont identiques à leurs variations en dollars.

Gaz naturel :

+7,0 % sur les prix de 2027 et +10,8 % sur les prix de décembre 2026.

Sur le PEG, le contrat de décembre passe de 92,47 à 102,46 €/MWh, le plus haut depuis son ouverture. Le calendaire 2027 atteint lui aussi un record, à 80,69 €/MWh, et le 2028 termine à 49,55 €/MWh (+4,6%). La hausse s’est faite par paliers, au rythme des tensions : 94,73 €/MWh mardi, 99,31 €/MWh mercredi, un léger repli jeudi, puis le franchissement des 100 €/MWh vendredi.

La saison de soutirage commence. Après deux jours de retour à l’injection, les 24 et 25 octobre, la France puise dans ses stocks chaque jour depuis le 26 octobre, et l’Europe dans son ensemble depuis le 28 octobre. Les stocks sont à 87,0% en France et à 74,8% en Europe. Les volumes de GNL livrés aux terminaux européens bondissent de 3,69 à 4,47 TWh/j, alors que les flux norvégiens reculent légèrement, de 311,7 à 303,8 Mm³/j.

La pression reste concentrée sur l’hiver : le premier trimestre 2027 atteint un record à 100,92 €/MWh (+10,5%), près de 28 €/MWh au-dessus de l’été 2027. La hausse gagne aussi les échéances lointaines, chaque semaine depuis début octobre : le 2029 termine à 35,22 €/MWh (+3,2%), contre 29,23 €/MWh fin septembre, et le 2030 à 29,23 €/MWh (+2,8%).

Electricité :

+9,1 % sur les prix de 2027 et +14,6% sur les prix de décembre 2026

Le contrat de décembre bondit de 185,81 à 212,98 €/MWh, son plus haut niveau, et novembre termine à 230,35 €/MWh (+19,7%). Le premier trimestre 2027 atteint lui aussi un record, à 205,41 €/MWh (+12,6%). La hausse est plus forte que celle du gaz : en hiver, davantage d’heures se paient au prix des centrales à gaz, dont le combustible a renchéri.

La production nucléaire s’est pourtant redressée, de 38,9 à 42,7 GW en moyenne sur la journée de vendredi, avec 40 réacteurs couplés au réseau, soit environ deux tiers d’un parc installé de 63 GW. Ce redressement n’a pas suffi à contenir les prix de l’hiver, tirés par le gaz.

Sur les échéances annuelles, le calendaire 2027 termine à 128,16 €/MWh, loin de son record de 2022 (331,50 €/MWh). La France y est exposée par ses interconnexions avec ses voisins, où le prix se cale plus souvent sur les centrales à gaz. Le mouvement s’atténue au-delà : +2,1% pour 2028 (70,94 €/MWh), +1,4% pour 2029 (62,97 €/MWh), et un 2030 quasi stable à 63,40 €/MWh (+0,3%).

Depuis le 1er novembre 2026, le mécanisme de capacité a changé de nature : lire l'article

Pétrole :

+0,8 % sur le prix du pétrole brut.

Le Brent, référence mondiale du pétrole brut, termine à 117,64 $ le baril, soit 105,04 €. Il a peu varié sur la semaine, entre 113,88 $ mardi et un rebond vendredi, jour d’échéance du contrat de décembre, après les nouvelles attaques revendiquées contre l’Arabie saoudite : c’est sa plus haute clôture depuis fin avril. Sur le mois d’octobre, il gagne 13,6%. Cette semaine, la hausse de l’énergie est d’abord venue du gaz.

CO2 :

+3,4 % sur le prix des quotas pour décembre 2026.

Les quotas de CO2 européens (droits d’émettre une tonne de CO2) progressent à 89,19 €/t. D’un côté, un gaz plus cher soutient la demande de quotas des centrales thermiques. De l’autre côté, des prix de l’énergie élevés pèsent sur l’activité industrielle, et donc sur ses émissions.

Charbon :

-2,8% sur la tonne de charbon.

La tonne de charbon recule à 147,75 $, soit 131,92 €. Pour la deuxième semaine consécutive, le charbon ne suit pas la hausse du gaz.

Prix du gaz dans le monde :

Le gaz asiatique (JKM) progresse de 4,5%, à 100,05 €/MWh. Le gaz français de décembre (102,46 €/MWh) repasse au-dessus du gaz asiatique, d’environ 2,4 €/MWh, ce qui n’était plus le cas depuis le 9 octobre : l’Europe paie désormais plus cher que l’Asie pour attirer les cargaisons de GNL, au moment où les livraisons aux terminaux européens augmentent. Aux États-Unis, le Henry Hub progresse de 9,8%, à 8,83 €/MWh : autosuffisants grâce au gaz de schiste, les États-Unis paient leur gaz plus de onze fois moins cher que l’Europe.