jeu. Nov 5th, 2026
Raphael Olszyna-Marzys

Auteur : Raphael Olszyna-Marzys, économiste international, Banque J. Safra Sarasin

Date : 4 novembre 2026

Le caractère sans appel du résultat n’a laissé à Donald Trump aucune possibilité de le contester, ce qui est clairement une bonne chose. Il clarifie les perspectives et élimine également une partie de la prime de risque qu’un résultat contesté aurait fait peser sur les prix des actifs.

L’élection révèle aussi à quel point la guerre contre l’Iran est impopulaire. Une nouvelle escalade constituerait donc une surprise, ce qui limite le potentiel de hausse des prix de l’énergie.

La vague bleue compliquera la mise en œuvre du programme de déréglementation de l’administration. Le ralentissement du déploiement des centres de données bénéficie d’un soutien bipartisan, ce qui rend probable un renforcement de la réglementation. Celui-ci prendrait vraisemblablement la forme de retards dans la délivrance des permis de construire. Les hyperscalers pourraient également devoir supporter davantage les externalités de leurs activités, comme la hausse des prix de l’électricité. Ces deux facteurs augmenteraient les coûts de construction.

Il convient toutefois de ne pas surinterpréter les élections de mi-mandat. Trump peut opposer son veto à tout texte de loi : les démocrates ne pourront donc pas faire adopter tous les textes qu’ils souhaitent. Ils devront travailler avec les républicains et la Maison-Blanche.

La politique étrangère et commerciale reste largement entre les mains du président, qui pourrait désormais y consacrer davantage d’attention. Il continuera de recourir aux décrets présidentiels pour imposer des droits de douane : un revirement de la politique commerciale est donc peu probable. Nous anticipons néanmoins des pressions démocrates sur l’administration pour qu’elle atténue ses guerres commerciales contre des alliés comme le Canada et l’Union européenne.

Pour les marchés obligataires, la vague bleue devrait avoir un effet légèrement positif. Cela tient à une croissance un peu moins forte des dépenses d’investissement dans les infrastructures d’intelligence artificielle et, à terme, à des pressions inflationnistes légèrement moindres. Un Sénat démocrate constitue également la meilleure protection de l’indépendance de la Fed. Il pourrait ainsi réduire les primes de risque liées aux attaques contre cette indépendance. Le Sénat pourrait rejeter les candidats jugés trop dociles à l’égard de la Maison-Blanche. Cela aurait son importance lorsque le mandat de Jerome Powell en tant que gouverneur prendra fin en 2028. Le contrôle des deux chambres par les démocrates permettrait également au Congrès d’enquêter sur toute allégation de pressions exercées sur le président de la Fed ou sur d’autres gouverneurs. Il pourrait, dans ce cadre, émettre des assignations à comparaître.

La réaction des marchés actions a été relativement limitée. Un moratoire sur le déploiement des centres de données est désormais plus probable. Cette éventualité était toutefois largement anticipée et bénéficie, en tout état de cause, d’un soutien bipartisan croissant.

Enfin, sur les 50 dernières années, les actions ont, statistiquement, enregistré de meilleures performances après les élections de mi-mandat qu’avant celles-ci. Un Congrès dont les deux chambres sont contrôlées par les démocrates a constitué la configuration la plus favorable au S&P 500, avec une performance moyenne de 8,8 % au cours des trois mois suivant le scrutin.

Traduction Good Paper. Version originale en anglais disponible sur demande