Paris, le 13 octobre 2026 – Ce que nous craignions au début de l’été s’est finalement produit : loin de s’améliorer, la situation géopolitique s’est de nouveau dégradée, pesant de plus en plus sur les prix des matières premières et les conditions financières, donc sur l’activité.
Coface a ainsi procédé à 3 déclassements et 4 reclassements pays, ainsi qu’à 20 modifications d’évaluations sectorielles (12 déclassements et 8 reclassements).
Chiffres clés :
- 0,5 point : coût estimé du conflit au Moyen-Orient sur la croissance mondiale en 2026 et 2027.
- 100 $/baril : seuil franchi par le pétrole en septembre
- 2,6 % : prévisions de croissance Coface pour l’année 2027 (2,5% en 2026)
L’économie mondiale rattrapée par les tensions inflationnistes
La situation sur le front géopolitique s’est fortement dégradée cet été. La reprise des hostilités entre l’Iran et les Etats-Unis et l’intensification du conflit entre l’Ukraine et la Russie mettent les chaînes de valeur à rude épreuve et provoquent une forte hausse des prix des matières premières. Même si la quantité de pétrole sortant du Golfe (par le détroit d’Ormuz et la réorientation des flux) a nettement augmenté, les prix des hydrocarbures s’affichent en hausse de plus de 50 % pour le pétrole et de près de 100 % pour le gaz naturel. Les prix des métaux restent toujours élevés tandis que ceux des produits agricoles se sont nettement tendus sous l’effet des frappes sur les terminaux portuaires en mer Noire et des épisodes caniculaires en Europe cet été (+40 % sur un an pour le blé).
Ces conditions ont fait ressurgir les craintes d’un nouveau rebond de l’inflation, incitant les banques centrales à remonter leurs taux directeurs. La Fed a d’ailleurs joint les actes à la parole, emboîtant le pas à la BCE avec une hausse de ses taux de 25 points de base (pb) et concourant de facto au durcissement des conditions financières mondiales. Depuis le point bas atteint mi-janvier, le dollar s’est ainsi apprécié de plus de 6 % en termes effectifs (i.e. contre toutes monnaies) tandis que les taux longs ont progressé de plus de 100 pb dans la plupart des grandes zones monétaires depuis fin février.
Si pour le moment l’économie mondiale continue de résister, portée notamment par les investissements dans l’IA et les effets de richesse associés, les risques continuent donc de s’accumuler. Dans ce contexte, nous maintenons notre prévision de ralentissement de l’activité cette année (+2,5 %, après +2,8 % en 2025), avant une stabilisation l’an prochain (+2,6 %).
Risques pays et sectoriels : 3 déclassements1 au Moyen-Orient et l’agroalimentaire impacté
Au Moyen-Orient, l’activité devrait se contracter dans l’ensemble du Conseil de coopération du Golfe en 2026. L’Arabie saoudite (A3 → A4) est exposée aux attaques contre ses infrastructures énergétiques et la plupart de ses voies d’exportation tandis que les Émirats arabes unis (A2 → A3) et le Qatar (A3 → A4) restent vulnérables du fait de leur dépendance au détroit d’Ormuz.
Le secteur agroalimentaire est déclassé dans six pays. En Europe (France, Autriche, Pologne), la détérioration est avant tout liée aux conditions climatiques extrêmes de l’été 2026. Dans les Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, la vulnérabilité provient moins de la production locale que de la forte dépendance aux importations alimentaires. En Argentine, le secteur reste confronté à l’environnement financier difficile, marqué par plusieurs défaillances d’acteurs agricoles, des coûts élevés et des marges réduites.
Des économies mondiales à plusieurs vitesses
- Aux États-Unis, l’économie continue de résister grâce à la consommation des ménages, aux investissements liés à l’IA et à un marché du travail proche du plein emploi (taux de chômage à 4 %).
- L’Europe, grâce à la résistance des économies allemandes et espagnoles et malgré les inquiétudes autour de la soutenabilité des finances publiques françaises, s’en sort un peu mieux qu’anticipé.
- En Asie, la dynamique demeure contrastée. Le Vietnam (+8,4 %) et l’Inde (+7,5 %) restent portés par les infrastructures et les technologies liées à l’IA, tandis que la Chine voit sa demande intérieure s’affaiblir et que plusieurs économies de la région (Thaïlande et Philippines) subissent la hausse des coûts énergétiques.
- En Afrique et en Amérique latine, le principal risque est celui d’une inflation durablement alimentée par la hausse des prix agricoles et énergétiques, notamment sous l’effet du phénomène El Niño.
« La prolongation du conflit au Moyen-Orient ravive le risque d’un nouveau choc inflationniste mondial. La hausse des prix de l’énergie, des matières premières et des coûts de transport contraint les banques centrales à maintenir des politiques monétaires restrictives, compliquant l’équation pour les États et les entreprises les plus fragiles. »
Jean-Christophe Caffet, chef économiste de Coface
Découvrez l’étude complète ici
1 Risque pays : A1 = Très faible, A2 = Peu élevé, A3 = Satisfaisant, A4 = Convenable, B = Assez élevé, C = Elevé, D = Très élevé, E = Extrême

