Mali Chivakul, économiste spécialiste des marchés émergents, Bank J. Safra Sarasin
Date : 26 octobre 2026
La réélection du président Lula da Silva dimanche a constitué une surprise de taille. Dans l’histoire moderne du Brésil, aucun candidat à l’élection présidentielle arrivé en deuxième position au premier tour n’avait remporté le second tour. En outre, sa marge de victoire a été plus large que lors de l’élection de 2022 face à Jair Bolsonaro. Depuis le premier tour, les marchés financiers brésiliens avaient intégré une victoire de Bolsonaro, estimant qu’elle se traduirait par un plan crédible d’assainissement budgétaire et une baisse de la prime de risque budgétaire. Celle-ci pèse depuis longtemps sur l’ensemble des actifs financiers brésiliens. Les marchés ont au contraire associé la victoire de Lula à une période prolongée de stagnation sur le plan budgétaire, dans la continuité des tendances observées ces dernières années, provoquant une forte correction du prix des actifs.
Lula a montré par le passé qu’il était sensible aux réactions des marchés. Il cherchera probablement à les rassurer en nommant un ministre des Finances crédible et en annonçant par anticipation des mesures destinées à stabiliser la dette publique. Par ailleurs, le Congrès brésilien est devenu plus conservateur que lors de son précédent mandat. Lula devra obtenir le soutien des partis centristes pour faire adopter toute législation, ce qui devrait limiter les mesures de dépenses irrationnelles. Toutefois, Lula ne prendra ses fonctions que début janvier, ce qui signifie que nous devrions connaître deux mois de faiblesse et de volatilité, avec notamment un risque de manifestations et de troubles. Au-delà de cette volatilité à court terme, l’orientation des marchés financiers l’an prochain dépendra de la correction de la trajectoire budgétaire engagée par Lula, qui devra être perçue comme durable et crédible.
