Par Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM
Statu quo de Moody’s. Surprenant.
Cette décision donne du crédit à la rumeur selon laquelle le gouvernement aurait trouvé un accord avec les agences de notation pour éviter une dégradation de la note française, à condition de ramener le déficit sous les 5 % du PIB en 2027. Vrai ou faux ? Impossible de le savoir.
Ce maintien de la note change-t-il quelque chose ? Non. La parole des agences de notation est démonétisée depuis longtemps sur les marchés.
Tout porte à croire, au regard de l’impasse politique, budgétaire et sécuritaire, que le taux de l’OAT à 10 ans va évoluer entre 5 % et 6 % dans les prochains mois, alourdissant ainsi le fardeau de la dette. Pour donner un ordre d’idée, chaque hausse de 0,1 point coûte, à terme, environ 3 milliards d’euros d’intérêts supplémentaires par an à l’État. Or, depuis le début de l’année, les taux ont augmenté de 1,5 point, soit quinze fois plus ! Pour 2027, d’après les calculs du Trésor, la charge de la dette devrait atteindre environ 91 milliards d’euros et continuer de grimper dans les années à venir.
Ceux qui espèrent que la BCE et le FMI vont sonner la fin de la récréation pourraient être déçus. Dans l’immédiat, la contagion reste limitée. Après une baisse initiale, l’EUR/USD se stabilise autour de 1,12. Les valeurs bancaires sont, sans surprise, affectées, mais il n’y a pas de panique. Les écarts de taux avec les autres pays de la zone euro montrent que les investisseurs ne considèrent pas, à ce stade, que la crise française menace l’intégrité de l’union monétaire.
Les conditions de refinancement des entreprises françaises sont également relativement préservées. Par exemple, 38 % de la dette obligataire des entreprises les mieux notées affiche un rendement inférieur à celui des obligations d’État. Autrement dit, les investisseurs considèrent certaines grandes entreprises comme moins risquées que l’État français lui-même. Mais toute bonne chose a une fin. Cet avantage pourrait progressivement s’éroder si les tensions sur la dette souveraine persistent, ce qui nous semble évident.
Par conséquent, le pire reste à venir, sans porte de sortie évidente. La France cumule les handicaps : un État incapable de ramener son déficit sous les 5 % du PIB, alors que d’autres pays européens, comme la Hongrie, procèdent à des ajustements bien plus drastiques ; une croissance anémique ; des taux d’emprunt compris entre 5 % et 6 % ; sans compter une image durablement dégradée auprès des investisseurs étrangers.

