mer. Oct 21st, 2026
  • Les organisations françaises se jugent plutôt confiantes dans la maîtrise de leurs risques opérationnels, mais cette assurance s’effrite dès que l’on entre dans le détail.
  • Leur principal angle mort tient à l’anticipation, qu’il s’agisse de repérer un risque émergent ou un contrôle critique sur le point de céder.
  • Le leadership apparaît à la fois comme le premier frein à la tenue des contrôles et comme le premier axe d’investissement des trois prochaines années.
  • L’IA suscite de fortes attentes pour détecter les signaux faibles, mais son déploiement bute sur le manque de compétences.

 

dss+ Consulting, cabinet de conseil spécialisé dans la maîtrise des risques opérationnels et la performance durable des organisations, dévoile les premiers résultats de son Baromètre du risque opérationnel en entreprise pour 2026. Interrogées sur leur capacité à identifier, hiérarchiser et maîtriser leurs risques critiques, les organisations s’accordent une note de 6,1/10. Une confiance mesurée, qui s’érode pourtant à mesure que l’on descend dans le détail. Visibilité des risques, solidité des contrôles, pilotage par la donnée, leadership : chacune de ces dimensions obtient un score inférieur à l’appréciation globale. L’enjeu est d’abord humain, puisque les blessures graves et accidents mortels restent le risque le plus cité. Et c’est vers le leadership que les répondants se tournent pour y répondre.

Les chiffres clés

  • 6,1/10, la note de confiance que s’attribuent les décideurs dans la maîtrise de leurs risques opérationnels critiques.
  • 5,8/10 seulement pour la capacité à repérer un contrôle critique défaillant avant qu’il ne cède, le score le plus bas du baromètre.
  • 69 % citent les blessures graves et accidents mortels comme le risque opérationnel le plus lourd de conséquences.
  • 64 % situent leur organisation aux deux premiers stades de la courbe de Bradley™, où la sécurité repose sur l’instinct ou la supervision.
  • 77 % désignent l’attention des équipes dirigeantes comme le premier défi pour maintenir des contrôles critiques efficaces.
  • 74 % prévoient d’investir dans le leadership et dans la formation et le développement des compétences d’ici à trois ans.
  • 44 % disposent de données opérationnelles qui ne débouchent pas encore sur des analyses exploitables.
  • 10 % seulement déploient l’IA à grande échelle, tandis que 70 % y voient un moyen de détecter les signaux faibles.

Une confiance globale que le détail ne confirme pas
En s’attribuant une note de 6,1/10 dans leur capacité à maîtriser leurs risques opérationnels critiques, les organisations se montrent à première vue plutôt sereines. Elles ne sont d’ailleurs que 8 % à se déclarer peu confiantes. Néanmoins, cette assurance apparente ne résiste pas à un examen plus approfondi. Interrogés pilier par pilier, les décideurs se montrent systématiquement plus réservés, de la visibilité des risques (6,5) jusqu’à la détection des contrôles inéficaces, qui ferment la marche (5).

Ce décalage est d’abord lié à la différence entre ce que les organisations voient et ce qu’elles anticipent. Leur visibilité sur les risques critiques, à l’échelle de leurs actifs et de leur chaîne de valeur, obtient le meilleur score du baromètre (6,5/10). Leur capacité à repérer un risque émergent avant qu’il ne dégénère en incident recule à 5,5, et près d’un tiers d’entre elles (29 %) jugent qu’elles ne sont pas ou peu armées.

 

Pour les contrôles critiques, le constat est encore plus net. Les entreprises estiment avoir mis en place les barrières nécessaires face à leurs principaux risques (5,9/10), mais doutent de pouvoir détecter à temps celles qui ne fonctionnent plus. Ce point obtient la note la plus basse de l’étude (5/10), et près de quatre répondants sur dix (39 %) avouent leur manque de confiance. Autrement dit, les dispositifs existent, mais rien ne garantit qu’ils tiendront le jour où ils seront sollicités.

 

Or ce sont précisément ces barrières qui protègent les collaborateurs. Les blessures graves et accidents mortels restent, de très loin, le risque jugé le plus lourd de conséquences (69 %), plus de deux fois devant la cybersécurité (25 %) ou les ruptures d’approvisionnement (33 %). Et l’environnement dans lequel ces contrôles opèrent évolue vite. L’évolution des compétences des équipes (58 %), les réorganisations et plans d’économies (44 %) ou le vieillissement des actifs (39 %) redessinent le profil de risque et peuvent fragiliser des barrières conçues pour un autre contexte.

 

La maturité culturelle confirme ce diagnostic. Interrogés sur la courbe de Bradley™, le modèle de référence de dss+ pour mesurer la maturité d’une culture sécurité, 53 % placent leur organisation au stade « dépendant », où la sécurité repose sur les règles et la supervision, et 15 % au stade « réactif ». Seuls 19 % atteignent le stade « indépendant », fondé sur l’engagement individuel, et 5 % le stade « interdépendant », où chacun veille aussi sur les autres. Enfin 9 % des répondants ne savent pas où se situer.

Le leadership, premier frein et premier levier
Si les barrières critiques s’usent sans que l’organisation s’en aperçoive, c’est d’abord, selon les répondants, une question de regard. Plus des trois quarts d’entre eux (78 %) désignent l’attention portée par le leadership comme le premier obstacle au maintien de contrôles efficaces. Ils la placent loin devant les compétences des équipes de terrain (58 %) ou l’allocation des ressources (40 %), et plus encore devant des contraintes très opérationnelles comme la pression de production (30 %).

 

Cette attention se joue d’abord dans la manière dont on parle du risque. La qualité des échanges de la direction sur le sujet n’obtient que 6/10, et près d’un quart des répondants (23 %) la jugent faible. Le dialogue peine aussi à remonter du terrain, puisque la capacité des collaborateurs à contester une situation ou une décision dangereuse plafonne à 5,7/10.

 

Elle se traduit ensuite dans les arbitrages. Lorsque le risque opérationnel peine à s’imposer à l’agenda de la direction, les moyens suivent difficilement. Les décideurs notent 6,1/10 l’alignement de leurs investissements sur leurs risques les plus élevés et 5,7 l’orientation effective des ressources vers leurs priorités, et plus d’un sur cinq se montre peu confiant sur ces deux points.

 

Les organisations ont identifié ce levier et comptent l’actionner. Le leadership, ainsi que la formation et le développement des compétences arrivent en tête des investissements prévus d’ici trois ans (74 %). L’IA, l’analyse de données et les contrôles critiques suivent loin derrière (46 % vs 45 %). Le pari s’inscrit dans la durée, puisque 81 % citent le leadership parmi les capacités qui pèseront le plus sur la gestion du risque opérationnel d’ici cinq ans, contre 36 % pour les technologies de sécurité et d’exploitation.

« Les entreprises françaises ne manquent ni de procédures ni de bonne volonté. Ce qui leur fait défaut, c’est la capacité à vérifier, jour après jour, que leurs barrières critiques tiennent vraiment. Ce baromètre montre que les dirigeants en ont conscience et qu’ils placent le leadership au cœur de la réponse. Reste à transformer cette intention en pratiques de terrain, car c’est là que se jouent les accidents graves »

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Mathieu Leduc, Directeur général France • dss+

Données et IA, une promesse encore loin du terrain
Pour combler leurs angles morts, les organisations misent sur la donnée, et plus encore sur l’intelligence artificielle. Sept répondants sur dix (70 %) attendent de l’IA qu’elle aide à détecter les signaux faibles, et 59 % qu’elle permette d’anticiper les risques opérationnels. Ce sont précisément les deux terrains où le baromètre révèle les plus grandes fragilités.

 

Encore faut-il que les données suivent. Les entreprises en disposent, mais peinent à les faire parler. Seules 40 % les jugent porteuses d’enseignements directement exploitables, et leur transformation en analyses utiles à la décision n’obtient que 5,3/10, l’un des scores les plus bas de l’étude. Plus d’un tiers des répondants (40 %) citent d’ailleurs la qualité des données sur les contrôles critiques parmi les obstacles à leur bonne tenue.

 

Faute de données pleinement exploitées, c’est encore l’humain qui fait foi. Pour identifier un risque critique, 10 % seulement s’en remettent d’abord aux données et au reporting, contre 35 % à l’expérience humaine. La majorité (55 %) préfère croiser les approches.

 

L’IA, elle, reste largement au stade des intentions. Plus de la moitié des organisations l’explorent (53 %) et 28 % la testent dans le cadre de projets pilotes, tandis que 10 % seulement la déploient à grande échelle et 1 % l’ont pleinement intégrée. Le principal frein n’est pas budgétaire. Il tient aux compétences (68 %), citées trois fois plus souvent que le budget (23 %), et devant le manque de confiance (39 %) ou la qualité des données (40 %).

 

Le baromètre se referme ainsi sur le facteur humain. Les organisations en ont conscience, puisque 66 % placent la qualité et l’exploitation des données de risque parmi les capacités décisives des cinq prochaines années, juste derrière le leadership. Qu’il s’agisse de tenir les barrières critiques ou de tirer parti de l’IA, la réponse passe d’abord par celles et ceux qui les font vivre.

Méthodologie

Le Baromètre dss+ des risques opérationnels 2026 repose sur une enquête pilote menée en France auprès de 80 répondants, principalement des directeurs et responsables HSE, ainsi que des dirigeants et responsables opérationnels, exerçant des fonctions à l’échelle nationale, régionale ou mondiale. L’étude explore leur perception des risques opérationnels, leur niveau de confiance dans leur maîtrise et leurs priorités en matière de leadership, de données et d’intelligence artificielle.

 

Cette première édition, à caractère exploratoire, ne constitue pas un échantillon statistiquement représentatif des entreprises françaises. Ses résultats doivent être interprétés comme des tendances indicatives.

 

À propos de dss+ Consulting

dss+ est un cabinet de conseil en management des opérations dont la mission est de sauver des vies et de bâtir un avenir durable. Héritier de DuPont Sustainable Solutions, devenu indépendant en 2019 puis renommé dss+ en 2022, il accompagne les entreprises dans la maîtrise de leurs risques opérationnels, l’excellence opérationnelle et l’atteinte de leurs objectifs de durabilité. Ses consultants interviennent aussi bien sur le terrain qu’auprès des comités de direction, en agissant sur les dimensions techniques, comportementales et culturelles des organisations, dans des secteurs comme l’énergie, la chimie, les mines et métaux, les biens de grande consommation, la construction ou les transports. dss+ réunit plus de 900 professionnels dans 40 pays.

Plus d’informations sur www.consultdss.com

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