Interview de Florence Vasilescu, CEO de FirmFunding

Pouvez vous nous présenter l’activité de FirmFunding et son positionnement

J’ai créé FirmFunding en 2016, sur le constat, toujours pas démenti, que les PME et ETI française n’avaient pas les bons outils pour accéder au financement par dette privée, qui est pourtant devenu, en l’espace de 10 ans, une source de financement incontournable pour les grands groupes. Adaptée et simple à mettre en place, elle apparaît en effet comme un excellent complément aux prêts bancaires et au financement equity, et un très bon outil de diversification des sources de financement. Moyennant le respect de conditions d’éligibilité relativement simples, la dette privée se présente comme véritable relai pour le financement de la croissance et a vocation à devenir un moyen de financement incontournable pour les PME.

 

L’une des raisons de la sous-utilisation de la dette privée par les PME est l’absence de rencontre entre ces PME et les investisseurs professionnels à même de les financer par dette privée : les PME ignorent qui sont ces investisseurs, et ceux-ci ont des difficultés à identifier les PME ayant des besoins de financement en dette privée. Le digital est l’outil idéal pour permettre, d’un côté, aux PME de croissance de présenter à des investisseurs professionnels (sociétés de gestion, fonds de private equity, family offices…) leurs besoins de financement, et, de l’autre, à ces professionnels, d’accéder à des dossiers de financements répondant à des standards de faisabilité juridique et financier uniformisés.

 

FirmFunding est aujourd’hui la première et la seule plateforme de financement entièrement dédiée à la dette privée, avec près de 200 investisseurs inscrits, représentant plus de 3 Mds d’euros à investir dans des financements de croissance de PME. Depuis le début de l’année 2019, plus de 20 dossiers de financements ont été mis en ligne sur la plateforme, représentant plus de 85 millions d’euros. La dette privée est ici entendue au sens strict, c’est à dire qu’elle n’englobe que les financements de type obligataire (par une émission de titres), qu’ils comprennent ou non une part Equity. Par ailleurs, la plateforme FirmFunding est exclusivement réservée aux professionnels (d’un côté, les conseils haut de bilan des PME et recherche de financement, et de l’autre, des investisseurs professionnels qualifiés, type SGP ou fonds de PE). Ceci distingue très clairement FirmFunding des plateformes de crowdfunding ou crowdlending, qui, soit, sont ouvertes à des investisseurs non professionnels, soit permettent aux entreprises, non d’émettre des obligations, mais de contracter un prêt. Deux autres différences moins structurantes mais néanmoins importantes sont la taille des financements proposés, nécessairement supérieurs à 1 M euros sur la plateforme FirmFunding et la confidentialité des dossiers, qui reste totale sur la plateforme FirmFunding, à l’inverse de ce qui a cours sur les plateformes de crowdfunding.

 

Une étude sur le financement des entreprises réalisée au printemps dernier par ViaVoice, confirme que la dette privée, comme outil de financement, est encore très peu utilisée par les PME françaises et dans des proportions beaucoup moins importantes que les grandes entreprises françaises ou de ce qui se passe chez nos voisins, notamment anglo-saxons. Comment l’expliquer?

Probablement par une méconnaissance, non seulement des avantages de cette source de financement, mais également de son existence même. Les chefs d’entreprise ont en effet pour réflexe de s’adresser à leurs interlocuteurs habituels, à savoir leur banquier, qui ne peut pas tout financer, ou leur expert-comptable, qui, visiblement, ne connaît pas bien ce type de solution haut de bilan. La dette privée présente pourtant des avantages évidents pour les PME de croissance, en permettant, sans exclure aucun secteur (sauf, peut-être, au regard de ses spécificités propres, celui des biotech), un remboursement in fine du montant du financement (et donc un poids limité sur les cash-flow de l’entreprise), la couverture de besoins traditionnellement non financés par les banques (comme les investissements immatériels, les projets de recherche et de développement, ou les opérations purement capitalistiques), et tout cela sans diluer le fondateur de l’entreprise.

Je suis certaine que le financement en dette privée va considérablement se développer dans les années à venir. En tous cas, je le souhaite pour la croissance des PME et ETI françaises

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